1988

1988

 

À travers les années plusieurs rapports et entrevues ont été faites avec Vera Felicidade. Celui ci-dessous est traduite en raison de sa richesse de thèmes, d'aider à clarifier ses pensées.

Relationnel - Trajectoire de l'Humain

Entrevue accordée à la journaliste
Rosane Santana du journal A TARDE
le 16 mai 1988, à Salvador de Bahia

 

A Tarde 1988


Formée en Psychologie par l'Université Fédérale de Rio de Janeiro, la psychothérapeute gestaltiste bahianaise Vera Felicidade, âgée de 45 ans, lance son quatrième livre, intitulé "Relacionamento - Trajetória do Humano" (Relationnel - Trajectoire de l'Humain). Il y a 20 ans, elle révolutionna la Psychologie en niant l'inconscient dans son livre "Psicoterapia Gestaltista - Conceituações" - "Psychothérapie Gestaltiste - Conceptualisation" - (aujourdh'ui réédité) et créa sa propre méthode psychothérapique, à partir des fondements de la Gestalt allemande et de ceux de la Phénoménologie de Husserl. Dans son travail le plus récent, elle développe le concept du "toute mise en relation génère des positionnements, générateurs de nouvelles mises en relation qui, à leur tour, gèrent de nouveaux positionnements, indéfiniment", au delà de considérer ce qu'est le désir, le doute, le choix, l'angoisse, la disponibilité, l'illusion et la réalité, et l'amour. Au cours d'une entrevue exclusive accordée au journal "A TARDE", elle parle de sa théorie et fait l'anti-thèse à une série de concepts de la Psychologie actuelle:

 

A TARDE: Comment est née l'idée d'élaborer la Psychothérapie Gestaltiste?

V. F. Quand j'étudiais la Psychologie, en 1964, la Psychanalyse ne répondait pas et ne donnait pas satisfaction aux questionnements sur l'humain, dans la mesure où elle me semblait être une chose totalement littéraire, qu'elle se fondait sur le constructum de l'inconscient, qu'elle n'était qu'une hypothèse et qu'elle n'avait rien de scientifique. La question de l'inconscient ne permettait aucune confirmation à n'être qu'au travers de lui-même. En cela influencent mes fondations philosophiques du matérialisme, le matérialisme dialectique, et ma trés grande préoccupation pour l'épistémologie. Ceci était également lié à mon idée de ce que la Psychologie devait connaitre l'homme et non l'aider, comme le pensait cette génération de psychologues. Ainsi, j'avançai en tentant des réponses sur ce qu'était l'être humain , jusqu'à ce que, en 1970, j'arrive à répondre à cette question et que j'en fasse un livre.

A TARDE: Comment avez vous structuré une méthode psychothérapique?

V. F. Ce fut comme si toute la connaissance de la Gestalt me rendait clair que pour comprendre l'être humain, on devait le faire en termes de ce qu'il était dans le monde et finalement du comment il percevait. J'ai cherché à transposer toutes les lois de la perception, expérimentées et à faire une dynamique. Il y avait une série de concepts psychanalytiques comme par exemple celui de "l'acte manqué", qu'on expliquait par l'inconscient et que la loi de la Proximité pouvait expliquer; l'association d'idées que Freud et Jung mirent du temps à faire, peut s'expliquer par la Proximité, la Bonne Forme, la Continuité - les lois de la perception. Cependant ma plus grande préoccupation fut celle de poser des concepts. J'écrivis, à partir de celà, mon premier livre, qui est le fondement de tout mon travail, où je definis ce qu'est l'être humain, en m'attachant au problème de la temporalité, en montrant que le passé n'influence pas, car s'il le fait, il est le présent, et en montrant aussi que le futur n'existe pas car si il existe, il est un objectif et en tant qu'objectif, il est destructeur. En ce sens, ma vision est trés phénoménologique, mais elle en diverge car elle prend en considération la structure. Une autre question à laquelle il était nécessaire de répondre était celle de la carence affective considérée comme une mauvaise chose, une maladie. J'ai montré que la carence est intrinsèque à l'être humain, mais, quand je l'ai perçu, j'ai perçu des niveaux de structuration de l'humain que j'appelle des nécessités et des possibilités. L'être humain est la résultante de possibilités ou la recherche de solution aux nécessités. Mon premier livre fut quasi cette imposition de cohérence scientifique, d'éclaircir des idées afin qu'elles puissent être discutées et, en un certain sens il fut un dossier théorique de mon travail afin qu'il ne soit pas considéré comme du charlatanisme.

A TARDE: La Psychothérapie gestaltiste est-elle meilleure que la Psychanalyse?

V.F. Quand j'ai crée la Psychothérapie Gestaltiste, ma préoccupation n'était ni celle de faire ce que la Psychanalyse ne faisait pas, ni d'être meilleure que la Psychanalyse. On peut l'avoir considéré, dans la mesure où je critique relativement la Psychanalyse, qui est une théorie manquant d'une serie de fondements méthodologiques et scientifiques; au delà de tout, elle est une théorie crée dans un contexte de fin du XIX ème siècle. Nous avions, à cette époque, une Psychologie débutante, totalement dominée par la Psychophysique, la Psychophysiologie et la science de cette époque était une science de mesures et l'être humain considéré alors comme quelqu'un de complexe, de qualitatif, ne pouvait être mesuré. Toute théorie qui ne tentait pas de s'attacher à la complexité humaine, au travers d'une complexité, un mythe, ne pouvait agir. Dejà en 1970, aprés le mouvement Hippie, une série de crises au sein de la philosophie, le problème de surpopulation etc firent tomber le voile d'une chose qui avait été toujours évidente, que dire, l'homme était dans le monde et avait mille variables, il ne lui est nécessaire ni de se scléroser, ni de déterminer des points de mesure. Ma thèorie se trouve validée dans la mesure où elle cherche à montrer l'étendue, la globalité de la manière d'appréhender l'humain. La Gestalt est une vision globale, une vision du champ, elle n'est pas une chose des catégories, des types, des classes. Si je n'avais pas crée la Psychothérapie Gestaltiste, probablement une autre personne aurait fait quelque chose d'equivalent, car il n'était plus possible de travailler avec ce concept rigide, stéréotypé de l'inconscient.

A TARDE: Depuis votre premier livre jusqu'à celui, que vous êtes en train de lancer, qu'est-ce qui a changé dans vos concepts concernant l'être humain?

V. F. En réalité rien n'a changé mais tout a changé en termes de développement des concepts. Par exemple, quand je dis que toute mise en relation génère des positionnements générateurs de nouvelles mises en relation, qui eux aussi génèrent de nouveaux positionnements, indéfiniment, et que là je définie le doute, l'angoisse, le choix, l'amour, la disponibilité, qui sont les diverses manifestations de situations où ceci apparait, que dire, le développement de ce que toute mise en relation génère des positionnements... en un certain sens, je suis en train de montrer que l'être humain existe dans un temps et dans un espace. Que la temporalité est la mise en relation et que la spatialité est le positionnement. Mais en 1972, je n'avais pas clairement l'idée que tout positionnement... J'expliquais cela, peut-être, en termes de dialectique. Je disais que les choses sont continues, mais je parlais dans une spirale, et dans ce nouveau concept j'expliquais la spirale. Alors, c'est le développement d'un concept qui était fait dans un autre sens. Dans mon quatrième livre, j'ai su alors ce qu'est l'être humain, j'ai montré ce qu'il fait. Qu'il se mette en relation ou qu'il se positionne, il est dans un temps, dans un espace. Je trouvais encore dans le premier livre que percevoir c'est connaitre par les sens, parceque je cherchais à faire l'antithèse du concept de conscience, qui généra l'antithèse du concept de l'inconscient. Quand je dis, dans le quatrième livre, que la perception est la mise en relation, je suis exactement en train de saisir une chose que, dans une certaine vision académique, je place.

A TARDE: Quand surviennent des positionnements comme celui de l'angoisse?

V. F. L'angoisse est un symptome de non acceptation, l'angoisse est un compromis. C'est un moment d'arrêt de l'homme, qui s'arrête dans une expectative, dans un a-priori. L'être humain perd toute une dynamique, toute une réversibilité. Il tremble, il sue, il a froid, il ne mange pas, il n'arrive pas à dormir, il a des difficultés sexuelles, il a peur, il est positionné, emprisonné dans des déplacements résultants d'une non-acceptation non affrontée. Ces positionnements vont générer de nouvelles mises en relation, la peur de mourir, d'avoir un infarctus, le drame de pouvoir arriver à une érection, le problème d'avoir à avaler de la nourriture, ainsi ce positionnement gère toute mise en relation avec des difficultés. Et plus ou moins le suivant: si vous vous trouvez jeté dans une quelconque situation, arrêté, le propre fait de rester arrêter crée une série de mises en relation, change, crée des rides dans le lit, des escarres au corps, des engourdissements des muscles etc.

A TARDE: Et de quelle manière la Psychothérapie Gestaltiste agit-elle pour structurer l'être humain?

V. F. En faisant l'antithèse dans le sens de neutraliser ces déplacements des positionnements. Nous disons, l'angoisse est un positionnement qui a été généré par un compromis ainsi que ce compromis va crée une série de déplacements, la peur, la douleur dans la poitrine, le non manger, enfin, la somatisation. Alors, la Psychothérapie Gestaltiste commence à faire que l'individu perçoit que ce qu'il sent est crée par lui-même et ne résulte de rien d'autre, un envôutement, une malchance, une douleur organique, ou même l'inconscient. Dans l'idée de la Psychanalyse, les personnes pensent, inconsciemment, qu'elle désirent se détruire. L'attitude de la Psychotérapie Gestaltiste est de couper les alibis, d'empêcher que le client utilise le problème comme une justification de sa propre difficulté. En faisant que la personne s'affronte à la chose qui est problématisante. La Psychothérapie Gestaltiste ne promet pas de guérison dans le sens où l'individu n'aurait jamais plus de problème. C'est exactement là qu'on arrive au concept principal de la psychothérapie dans ce qui touche à la névrose.

A TARDE: Et qu'est-ce que la névrose?

V.F. C'est la non-acceptation de la non-acceptation, qui crée une auto-référenciation, responsable d'une distorsion perceptive, qui conduit l'individu à vivre en référence à un temps qui n'est pas le présent. Ce que la thérapie prétend c'est de donner les conditions à la personne pour qu'elle s'accepte, même si cette acceptation est une acceptation de non-acceptation. En ce sens, la Psychothérapie Gestaltiste n'a pas de valeurs, n'a pas d'idées fixes, n'a pas, y compris, d'objectif d'ajustement. Si la personne s'accepte telle qu'elle est, c'est parfait. Si elle est une merveille dans le système en termes d'ajustement, mais qu'elle ne s'accepte pas, elle doit changer et la thérapie rend possible cela.

A TARDE: Les phobies, la dépression, les psychoses, ainsi que l'angoisse sont-ils des symptomes de non-acceptation?

V .F. Votre question est intéressante dans la mesure où elle me permet de révéler ce qu'est la Psychothérapie Gestaltiste. Elle n'est pas une Théorie de Classe (Aristotelian theory) mais une Théorie de Champ (Field theory - Kurt Lewin). Ainsi, elle ne contient pas des catégories de névrose, de types de symptômes, que dire, l'impotence sexuelle, la frigidité, le manque d'érection, l'anorexie, la peur de sortir, le fait d'avoir un ulcère, sont tous des positionnements résultants d'une cassure de la mise en relation, d'une cassure de la gestalt moi-dans-le-monde. La Gestalt, comme le Bouddhisme, le Taoisme, la Biologie, la Physique et la Chimie, pense le monde comme une totalité, les secteurs n'existent pas, ni les parties. Ce que la Biologie fait: elle prend une cellule de l'épithélium du bras et à partir de là décrit toute la structure chromosomiale. Ce que la Psychothérapie Gestaltiste prétend c'est qu'avec une simple démonstration de comportement, on peut reproduire tout ce qu'est l'individu. Cette chose de ce que l'individu est de cette manière à la maison et de cette manière au travail n'existe pas. La Psychanalyse, en tant que thérapie d'appui, admet que l'individu puisse être parfait et avoir un désordre. Dans la Psychothérapie Gestaltiste, ceci n'existe pas, il y a une unicité. Tout problème est toujours un indice, un symptôme de névrose. Si une orange est abîmée, cela n'avance à rien de couper un petit morceau. Quand à l'orangeade, elle prend un gôut d'orange abîmée, parce que quand une partie est affectée, le tout est compromis, puisque le tout n'est pas une somme de parties.

A TARDE: Ceci explique le fait que vous acceptiez des cas considérés comme irrécupérables, comme les psychoses?

V.F. Oui. Dés qu'on arrive à changer la perception que l'individu a de lui-même, il change la mise en relation avec tout. Maintenant, il est clair, que dans le cas de la Psychose, le travail serait le même, en termes de conceptualisations, que celui de la névrose, mais il y a des variables qui embarrassent, car quand l'individu est psychotique, il n'a plus d'autonomie économique, l'autonomie d'aller et venir, ainsi le traitement et le résultat deviennent difficiles, non pas car il est psychotique, mais oui dans la mesure où il est psychotique, il crée une série de positionnements qui le rendent imperméable au dialogue.

A TARDE: La typologie, la classification de la névrose en catégories, sont-elles une distorsion de La Psychologie actuelle?

V. F. Les visions anciennes ont etabli des types de complexités quand elles trouvaient que l'être humain était complexe, ont donc commence à typographier. Delà, viennent les phobies, les paniques, les règles des divers étalonnages. Les adolescents agissent d'une manière, les adultes d'une autre, il en est ainsi du comportement des catégories professionnelles: les psychologues sont toujours fous, les journalistes je n'en sais rien là etc, comme une manière d'arriver à un entendement, en additionnant ce résultat, que dire, c'est la méthode déductive et inductive, qui prédomine encore dans les sciences sociales et dans la psychologie. N'arrivant pas à appréhender la globalité, ils arrêtent donc pour classifier. De là, viennent les phobies, les caractéristiques. Au delà de parler des phobies, on parle aussi du Karma, du destin, de choses paranormales afin de tenter d'expliquer. L'idée de ce que l'être humain est complexe, énigmatique, est à chaque fois plus accentuée, car à chaque fois on dispose de moins en moins d'une forme à globaliser, on tombe de plus en plus dans la typologie, car les gens vivent une époque de haute technologie, de l'opérationnalisation des choses. L'essence humaine n'est jamais configurée, ni considérée, ce qui existe c'est le fonctionnement humain.

A TARDE: Et comment se situe la Psychothérapie Gestaltiste dans ce contexte?

V. F. La Psychothérapie Gestaltiste ne pense pas l'humain comme une chose linéaire. Quand on pense l'humain, on doit le faire, plus ou moins, comme d'une chose aussi dynamique que le modèle de l'atome. Il existe mille variables, mille intersections, mille mouvements. Il n'y a pas de différence entre l'homme du XX ème siècle et celui du X ème siécle, ou celui d'avant le Christ. L'homme est toujours le même en tant qu'essence. En disant cela, je repense à Husserl, créateur de la Phénoménologie, quand il disait que la science était une description et qu'il terrifiait son époque, car la science était compréhensive et explicative, que dire, déductive et inductive. Ils vinrent à lui et lui demandèrent qui de l'oeuf ou de la poule etait né le premier. Il répondit: apportez-moi l'oeuf et la poule et je répondrai. Telle est la description phénoménologique. Quand je dis qu'il n'y pas un homme d'hier, en un certain sens je suis en train de paraphraser Husserl. Je veux dire, on doit penser l'homme maintenant et ici. L'homme hypothétique, chimérique, n'existe pas, seul existe un homme de chair et d'os en un temps.

A TARDE: Pourquoi la méthode déductive et inductive prédomine t'elle en Psychologie?

V. F. Il est beaucoup plus facile de comprendre quelque chose au travers d'une analogie que de la comprendre au travers d'une essence impliquée dans une globalisation. La globalisation devient difficile de par ses propres positionnements reférenciés. Ainsi, chaque fois qu'arrive quelque raisonnement analogique, ce raisonnement est plus compréhensible. Quand Freud, par exemple, disait que ses maîtres étaient les grecs et qu'il prenait une tragédie comme "Oedipe" et de là qu'il structurait toute la chose du Complexe d'Oedipe, il utilisait tout le contenu, toute une forme littéraire symbolique, qui donnait une assise pour que les personnes aillent en interprétant, avancent, disons-nous, en faisant l'analogie, en "analogiant". Quand nous disons qu'on doit appréhender l'essence, configurer, globaliser le phénomène, la chose devient sèche, détachée. Par exemple: les gestaltistes ont été trés critiqués, car ils expliquaient le comportement humain au travers de la perception et quand ils allaient parler de perception, ils dessinaient des petis points. Toute la formation de la société, et cela a beaucoup contribué au versant presbytarien et protestant de l'église catholique, est une vision pragmatique, ainsi que la science du XXè siècle qui se développa au travers de l'approche pragmatique d'Auguste Comte. Comment dire, toute chose existe avec quelque motif, quelque finalité. Alors, c'est presque comme si, à présent, la récupération de l'humain devait se faire dans le sens du dilettantisme. Je dis, dans ce quatrième livre, que le début de la transcendance dans la massification est l'attitude esthétique, comment dire (sans s'éloigner du sujet pour ne pas donner de marge à des distorsions), les gens peuvent dire qu'un défilé d'école de samba ou qu'une partie de football avec cette coordination harmonique des choses, en permettant l'instauration d'une harmonie, est dejà une transcendance, est quelque chose qui transcende la réalité. En reprenant la question, pour incroyable que cela paraisse, les contingences, parfois, expliquent mieux que les concepts. Il est plus facile de dire que l'individu est désajusté que de dire que l'individu est désajusté car il n'accepte pas ses propres limites.

A TARDE: Si la perception est la mise en relation et si la névrose est la distorsion perceptive, que peut-il arriver à une civilisation dans la quelle les individus de mettent en relation de façon distordue?

V.F. Si les perceptions sont de plus en plus distordues, les mises en relation vont être plus distordues. Maintenant, comme toute mise en relation gère des positionnements générateurs de nouvelles mises en relation... indéfiniment, la massification même va donner les conditions pour l'homme de s'humaniser. Elle va fonctionner comme antithèse. En un certain sens, pourquoi y-a t'il de la place, aujourd'hui, pour la Psychothérapie Gestaltiste, sans qu'elle n'ait la répercussion qu'a la Psychanalyse, qu'a un Eduardo Mascarenhas? Car maintenant la Psychanalyse ne marche pas. Ou, à un autre niveau, pourquoi la merveilleuse Médecine des années 60 en est-elle arrivée là où elle en est, en termes d'attention et pourquoi les médecines alternatives, la macrobiotique, l'homéopathie, les traitements par les herbes, l'acupuncture et tout le reste, augmentent - ils de plus en plus? advient un point où la massification est si importante que le système se renverse. C'est l'espérance, pour si massifié que le système soit, il existera toujours une condition d'humaniser les personnes. Pour cela, je travaille comme Psychothérapeute Gestaltiste. C'est cette chose qui dit que tout ce qui monte descend, c'est la Loi de la gravitation, de la Physique, et le propre mythe grec du Phenix. La chose comme une régénération, mais une régénération au sens où toute mise en relation conduit à un positionnement.

A TARDE: Dans ce quatrième livre, vous dites que le choix n'existe pas. Pouvez- vous expliquer cela?

V.F. Le choix est toujours compromis à une quelconque contingence. Cette contingence devient nécessairement une adhérence, extrinsèque à la propre situation choisie. Quand les situations sont différentes et que vous devez choisir, vous allez choisir en fonction d'un quelqu'autre référentiel, qui n'est pas celui de la chose choisie. Cet autre référentiel est un comprometteur dés qu'il est un orientateur, un déterminant de conduite. Alors, en ce que votre conduite de choix reste fonction d'un déterminant, le choix est dejà une totale adhérence, que dire, ou il est le fait du hasard, ou il est le fait d'une obligation. Dans le premier cas, il aliène; dans le second cas, il oriente. De 1960 à ce jour, le choix a été un mot à la mode, car Sartre a commencé à dire que l'homme est libre quand il choisit. Ceci parce que les gens étaient tellement compromis dans les rouages du système, qu'ils ne choisissaient jamais. Le grand moment humain de la non-chose, de la génération des années 60, a été celui de quand l'individu a pu choisir. Camus a dit que la liberté c'est la possibilité de dire non. Caetano a dit que c'est la possibilté de dire oui. Alors, c'est la liberté comme cet acte désespéré, quand l'individu transcende la circonstance et arrive à dire oui, je veux ceci, non, je ne veux pas ceci. C'est une vision presque désespérée comme l'est cette phrase de Brecht: "Triste pays que celui qui a besoin de héros". Quand je dis que le choix est ce qu'il y a de plus négatif, je veux dire triste pour la personne qui doit choisir.

A TARDE: C'est plus ou moins la situation de film "Le choix de Sophie"?

V. F. Le Choix de Sophie, quand elle est avec ses deux enfants et que l'homme dit: regarde, tu as deux enfants, un va mourir, lequel vas-tu choisir? Si tu n'en choisis aucun, les deux mourront. Quand elle en choisit un et qu'elle sauve l'autre, elle a perçu le piège total, la totale impuissance. Quand la fille s'en va, elle accepte, mais elle est tant massifiée, tant compromise, qu'elle crie, mais ne courre pas, car si elle courrait elle serait mitraillée, ils mouraient tous. Pour cela, elle devait avoir une attitude spontanée et ne pas encore être en train de désirer de survivre. Il y a des situations dans la vie où il est mieux de ne pas leur survivre, en raison d'une vision structurée, authentique, individualisée. A l'intérieur d'une vision de masse, de survivance, les gens veulent toujours survivre à quoi que ce soit, cela coûte ce que cela coûte. Quand l'individu est un être disponible, au sens de spontané, aucun choix ne le place dos au mur. La trajectoire, si elle est observée comme un continu, n'a pas de bifurcations, n'a pas des fractures. Cette fracture est ce qui favorise le choix, l'angoisse. Quand les gens parlent de massification et de cette chose de survivance, il devient clair que, malgré 30 siècles de pensée philosophique et deux siècles de science, les gens continuent de penser l'être humain comme un organisme. La pensée est celle-ci, l'être humain est pensé comme un organisme qui a des nécessités sexuelles etc. Ou encore, comme le fruit du divin. Il devient difficile de penser en l'être humain comme temporalité et spatialité.

A TARDE: La transcendance est-elle possible sans psychothérapie?

V. F. Sans la psychothérapie je trouve impossible qu'un être humain se structure. Ce qui transforme l'être humain c'est l'autre, mais l'autre en tant qu'acceptation et disponibilité. Si la personne ne s'accepte pas, c'est parcequ'elle n'a jamais rencontré cet autre. L'autre qui pourrait l'accepter et la transformer serait le psychothérapeute, dans la mesure où il établit le questionnement. Ou encore, l'amour. Si quelqu'un a été aimé par l'autre au point d'être accepté avec toute la disponibilté, il se transforme. Il n'y a rien de tels que la thérapie et ce mouvement d'amour comme délivrance, intégration, acceptation totale. Si l'individu est problématique, lui ne pourra pas aimer, mais par "miracle", quelqu'un pourra l'aimer au point de le transformer.

A TARDE: La thérapie engendre t'elle de la dépendance?

V.F. La Psychothérapie Gestaltiste est un questionnement, une dynamisation, une antithèse, une coupure des déplacements, l' autre endroit, l'opposé du poste, ainsi elle dynamise. Qui vit un processus thérapeutique sait cela. Qui en est loin, parfois, le père, le mari, la femme, l'amant, le voit comme une dépendance, une bequille, une chose nuisible. Parce que c'est un autre, que ce n'est pas lui, qui interfère dans ce qu'il aurait souhaiter faire. C'est une dynamisation qui, vue par des yeux qui ne sont pas ceux des participants au processus, est estimée et considérée au sein des referentiels problématiques de la personne qui regarde. Une chose est ce qui se vit, une autre chose est comment l'autre voit cette "vivance". La thérapie n'est pas une chose de bon sens. Non pas qu'elle soit une chose de fous. Le bon sens c'est le consensuel, c'est le statistiquement prégnant, plus valide. Ceci serait, nécessairement, un définisseur général, et un définisseur général n'est jamais individualisant. Elle n'est pas le bon sens, en disant cela je ne dis pas qu'elle est le contre- sens. Elle est le sens, le jugement sans attributions valorisantes. Elle n'est ni le bon sens, ni le consensus, ni le contre-sens, dans le vrai sens du mot.

A TARDE: Il y a 20 ans, vous avez crée une méthode psychothérapique. Durant tout ce temps vous avez travailler comme psychothérapeute, mais vous n'êtes pas connue du grand public. Cela vous incommode t'il?

V. F. Tout mon travail est un travail d'antithèse, au devant de tout cet ordre en vigueur de la Psychanalyse, de l'état actuel de la pensée de la Psychologie, des Sciences Sociales, autour de ce qu'est l'humain. Car la Psychologie, la Sociologie, la Psychanalyse, la Linguistique, enfin toutes les sciences sociales considérent que l'homme est la résultante de 'N' variables, comme la culture, l'économie, la famille etc. Moi je ne dis pas qu'il est une résultante, je dis qu'il est un être-dans le-monde et qu'il se met en relation avec toutes ces situations. En ce sens, mon travail est une anti-thèse et comme tel n'est pas reconnu. Seule la synthèse est reconnue. Cela ne m'incommode pas, je le comprends même, car ce serait complètement contre ma pensée que de dire que les choses sont ce qu'elles sont, que de savoir que ce que je pense ne se pense pas en général, et que de vouloir être reconnue. Mais, si j'ai crée quelque chose, il est clair que j'aimerai que cela soit reconnu, dans une vision transversale. Parceque longitudinalement, je sais que, si j'ai fait l'antithèse, mon travail seul sera petit à petit reconnu, jour aprés jour au cours de la thérapie je sens mon travail totalement reconnu, efficace, exactement pour cela il se poursuit depuis 20 ans. Quand je dis que l'inconscient n'existe pas, que l'être humain ne résulte pas de l'instinct, des ordres économiques, qu'il n'est pas déterminé par la culture, qu'il n'a rien à voir avec le karma etc, je pose une antithèse à toute une série d'explications. L'important c'est le pas à pas, le brique à brique, c'est contribuer à changer la pensée dominante, en structurant un autre.

A TARDE: Alors, Vera, votre travail c'est ce que vous dites sur le doute: "Toute affirmation niée, qu'est ce qui rend possible une question"?

V. F. C'est cela! Vous avez compris la Gestalt.

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Traduit du portugais par Michele Benatar

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* si vous lisez en portugais il ya de nombreuses interviews et des reportages avec Vera Felicidade ici ->