2015

Le Mythe de l'Inconscient

 

Commençons en transcrivant les affirmations de Freud au sujet de l'inconscient. La transcription se rend nécessaire puisqu'il n'existe pas dans l'oeuvre de Freud une définition de l'inconscient, bien qu'il l'est introduit comme noyau conceptuel de la psychanalyse (J. Laplanche et J.B .Pontalis - Vocabulaire de la Psychanalyse - Paris - Presses Universitaires de France - 1967 - p.1979). Cette faute de qualification de l'inconscient, rend claire l'absence de fondement méthodologique et les implications épistémologiquement métaphysiques de la théorie freudienne.

"La psychanalyse nous oblige donc à affirmer que les processus psychiques sont inconscients et à comparer leurs perceptions par la conscience avec la perception du monde extérieur au travers des organes des sens. Cette comparaison nous aidera aussi à amplifier nos connaissances. L'hypothèse psychanalytique de l'activité psychique inconsciente a constitué d'une certaine façon une continuité de l'animisme, qui nous montrait souvent des images fidèles de notre conscience et d'une autre façon de celle de la rectification faite par Kant de la théorie de la perception externe. De la même façon que Kant nous amène à considérer la conditionnabilité subjective de notre perception et à ne pas la considérer identique au perçu incognitif, la psychanalyse nous incite à ne pas confondre la perception de la conscience avec le processus psychique inconscient objet de la même chose. Tout autant le psychisme a besoin d'être, en réalité, tel que nous le percevons. Mais nous avons à espérer que la rectification de la perception interne n'offre pas autant de difficultés que celle de l'externe et que l'objet intérieur sera plus cognoscible que le monde extérieur." - S.Freud, Métapsychologie, dans les oeuvres completes,Volume1 - Madrid, Nouvelle bibliotheque,1948, p.1045.

Se clarifie dans le transcrit plus haut, la vision dualiste, métaphysique, aussi bien dans l'affirmation de la réalité externe et interne, que dans l'admission de l'incognoscibilite du monde. Cette position freudienne devient plus intelligible, si nous nous rappelons les explications kantiennes autour de la connaissance. Kant (The Critique of pure Reason - Chigago - Encyclopedia Britannica - 1952 - Great Books) considérait la connaissance du monde, des choses, comme impossible d'être réalisée en tant qu'appréhension du donné phénoménique, disant que la chose en soi ne peut pas être connue, et ne peut l'être qu'au travers de catégories qui la systématisent. Ainsi advient inclusivement la négation du temps et de l'espace comme des réalités existantes, cognitives et le placement de ces dernières en tant que catégories pour la connaissance. Cette vision Kantienne justifie le postulat de l'inconscient. Pour Freud, l'homme en soi, l'activité consciente, ne peut être connue; elle l'est seulement en tant que représentation d'une réalité inconsciente (mécanisme de projection), de là découle que l'inconscient est la catégorie logique qui permet le débrouillage de la complexité humaine. Nous rencontrons aussi dans le concept d'atemporalité du système inconscient, les influences Kantiennes.

A l'intérieur d'une vision unitaire, objective, il n'y a pas comme subsister, que d'admettre des existences atemporelles. Une telle admission signifierait la négation de tout l'ordre physique de l'univers. De plus et à cause de ces dualismes de l'influence métaphysique, l'idée, le postulat de l'inconscient, ne peut être expérimentalement prouvé; la psychanalyse se justifie en disant que l'inconscient est un constructum logique, en expliquant ainsi l'impossibilité de la preuve expérimentale, en créant de plus par ailleurs une nouvelle impasse, car étant un constructum, toute l'idée de système inconscient, du point de vue topique, reste niée, ainsi, désormais on ne pourrait parler du Id, de l'ego et Super-Ego, conscient et pre-conscient comme des instances psychiques. C'est une ruelle sans sortie. Un mythe, ou comme le dit Van den Berg: "le conscient du thérapeute est l'inconscient du patient" (J.H. Van den Berg - O Paciente Psiquiatrico, Sao Paulo - Mestre Jou, 1966 - p.120) et aussi du même livre: "le phénomologiste n'a jamais besoin d'hypothèses. Les hypothèses surgissent quand la description de la réalité s'achève prématurément. La phénoménologie est la description de la réalité".

Sur ce point précis dans une vision gestaltiste phénoménologique, l'inconscient est considéré comme un postulat, un mythe et nous parlerons de cet aspect.

Qu'est ce que le mythe? Le mythe est une idée et donc le problème qui se pose est de savoir d'où surgit cette idée. Nous entrons au niveau épistémologique de la question. Ainsi, nous particulariserons notre conceptualisation du mythe, en disant qu'il est une idée résultante de la recherche d'explication d'un phénomène déterminé, ou mieux, que le mythe est l'explication d'un phénomène déterminé; en ces termes, le mythe est synonyme d'un postulat, d'une hypothèse, d'un dogme, d'une fantaisie, et même de la pense logique. Cet ultime synonyme trouvé, les choses restent absurdes, puisque si le mythe est égal a la pensée logique, comment peut-il être mythe? Ou encore: qu'est ce qui caractérise l'un et l'autre? Pour y répondre, il devient nécessaire de poser le problème de ce qu'est la pensée logique: elle est cette résultante d'une appréhension des relations qui configurent un phénomène, en étant aussi une explication du phénomène. Le mythe est aussi bien une explication du phénomène mais cette explication est la résultante d'appréhensions unilatérales ou distordues. Alors, tout consiste en savoir le pourquoi des unilatéralisations ou distorsions; en expliquant ceci, on comprend la genèse, l'essence de la structure mythique indépendante des aires qui la supportent.

Imaginons un percepteur et une chose à être perçue dans un espace déterminé. Pensons en admettant dans cette situation des remparts entre les deux points localisés. La situation des remparts importe peu ou beaucoup, aux dépends des perspectives distordues en tant que quantités; qualitativement, il y aura toujours distorsion ou impossibilité de configurations. En observant cela (la plastique contextuelle des perceptions mythiques) nous pourrons comprendre la synonymie auparavant établie et concevoir le mythe comme étant l'a priori. Cet a priori se développe dans les structures religieuses (le dogme), dans la structure sociale (les diverses institutions aliénantes ) etc. Dans la sphère psychologique, le problème devient un conglomérat, se nucléolisant dans l'individu comme une embrouille dévitalisatrice de son essence constitutive, humaine. En termes individuels, le mythe est l'image, que nous faisons de nous mêmes, indépendantes des relations qui nous configurent: comme telle, statique, absolue, a prioriste. Eclairons par des exemples:

a) la recherche de l'accord sans même savoir à quoi, sans questionnements sur la capacité viable du support, de l'emboîture, des structures existantes et prédéterminées à cette fin;

b) la nécessité de communication et de relationnel sans se placer aux niveaux desquels ceci peut se donner: positionnel ou relationnel, superficiel ou nucléolisé, point de rencontre ou ligne de fuite;

c) le vouloir se responsabiliser au travers des diverses formes de compromis, "chosification" qui en essence s'antagonise avec la responsabilité dont la constitution dynamique essentielle est la lucidité, l'authenticité, la liberté, donc;

d) la satisfaction, ou réalisation personnelle, le bonheur aussi se constituent en mythes, parce qu'ils sont procurés comme solutions, ce qui veut dire, en termes de futur et non comme configurations à être extraites de la problématique presentée.

Enfin, le mythe peut être équivalent à l'image, au papier que nous essayons de représenter devant nous, de l'autre et du monde; toute image étant la représentation de la chose, est par définition adhérente et responsable de la cassure des relations homme-monde, dysharmonie, ce qui veut dire que toute rupture des structures, des essences, des plans configuratifs, occasionne des distorsions .

Mythes, donc, qui peuvent ainsi être entendus a partir de la décodification, et nous entrons ici dans le plus grand mythe actuel - dans l'aire de la psychologie - la complexité d'etre humain et ainsi...comment un mythe peut ainsi etre résolu par un mythe et demi....apparait la psychanalyse avec ses concepts d'archétypes, d'instincts, de nature humaine - statique, qui, irrémédiablement, pense pouvoir être compris, ou encore, sur d'autres plans, en visant le même point (l'homme, les religions, Dieu etc).

De tout l'expose, nous concluons que le mythe est statique, donc magique, dans un univers qui possède à peine de l'absolu le relatif.

Dans le mouvement, le mythe se consume, et ceci nous a été révélé par l'histoire des processus anthropologiques, sociaux, scientifiques et psychologiques, ce qui signifie: le propre mythe peut seulement être visualisé au travers du non mythe, ce qui veut dire que, le mythe en tant que lui même, n'est pas le mythe. Pour conclure nous répondrons au pourquoi Freud a élaboré ce mythe - l'inconscient - autant que sur la cause de son maintien. La distorsion perceptive résultante du percevoir le tout homme comme une somme de parties (instincts, inconscient, Id ,Ego, Super ego) a donné lieu a une vision magique [58] du processus humain, et exactement là, dans cet élémentarisme mécanisciste, réside l'impossibilité psychanalytique d'embrasser la dynamique humaine en tant qu'être dans le monde, et l'erreur ne vient pas seulement de la psychanalyse, mais de toute la métaphysique subjectiviste, en distordant la relation figure-monde, résultant de la cassure de la Gestalt, de la cassure de la relation unitaire. Cette division de l'unité, par non appréhension de la bipolarité de l'unité relationnelle, a provoqué la vision dualiste et en elle la hiérarchisation métaphysique, idéaliste de ce que l'idée est primaire et crée la matière [59]. [pages 71 a78]

NOTES

58 - Deux attitudes basiques caractérisent l'explication cognitive scientifique-methodologique, autant que l'appréhension perceptive de n'importe quelle réalité. Nous désignons ces attitudes comme magiques et objectives distordues ou non. L'attitude magique serait résultante du vécu unilatéral de la situation configurée, que ceci se fasse par auto-référentiation distanciation ou par superposition de la situation envisagée au travers de sa pluralité dimensionnée spatialement ou temporellement. L'auto référentiation est la décodification de la réalité en termes de connaissances - déjà existantes; chaque fois que ceci a lieu, des préexistences constitutives existent dans la relation cognitive, d'où le donné réel (réalité et dérives, sont employés dans le sens de description contextuelle, en tant que milieu géographique; vide Koffka, op.cit) est substitué par un signifié extrinsèque à sa structure significative. La distanciation résulte d'une non configuration prégnante de la réalité, ce qui est un decoulement des auto référentiations homogénéisatrices. Au travers des nombreuses connaissances préexistantes, se stratifient des schémas a partir desquels les réalités connues sont écartées par des postulats génériques et explicatifs. Ayant des préexistences cognitives (l'auto référentiation), responsables des distanciations du phénomène qui se donne à connaître ou qui est en train d'être connu, le vécu temporel commence a être apophonique (employé dans le sens de vécus derreistiques. K Conrad - La Esquizofrenia Incipiente, Intento de un analisis de la forma del delirio - Madrid - Alambra-1963); surgissant de là une temporalité spatialisée, se structurant, donc, comme un point à partir duquel se planifient les lignes comformatrices de ce qui s'est accompli comme objet de connaissance. A présent, si la situation déterminée existante commence maintenant à être perçue en confrontation, comparaison ou au travers d'avant, cela signifie qu'elle est perçue au travers d'un autre, bien que similaire mais autre. Ce qui se passe, alors, c'est la connaissance analogique, déductive, donc cartésienne. La même situation de maintenant peut être aussi perçue au travers de la structure temporelle de l'aprés, ce qui déjà impliquerait une visualisation de finalités canalisatrices, justificatives, explicatives de ce que-ici-maintenant je connais; de son coté, il est différent du mémorisé ou imaginé (anticipation où la pensée est médiatrice). Ces déplacements temporels font que le phénomène étant connu, appréhendé perceptivement ou catégorisé se transforme en un espace, point d'intersection du temps qui comme tel, maintenant devient une variable positionnelle, espace, donc. Ces explications autour de l'attitude magique, sont emphatiquement démontrées comme fondations concrètes de la connaissance dans toute position métaphysique. Tel est le cas, par exemple, de Kant, dans son concept de catégories logiques, l'a priori, c'est a dire, la possibilité de la connaissance réside là ou avant ce qui est donné a connaître. L'homme fut durant beaucoup de temps connu et consécutivement expliqué magiquement. L'animisme, le spiritualisme et l'idéalisme sont des étapes systématisées de cette position. Le "Connais-toi toi même" est un typique représentant de ces approches: "Oh Homme, connais-toi dans ce que tu n'es pas pour que tu sois un homme!". Cet appel vocatif résume bien toute l'attitude basique de la préoccupation magique de se connaître. Cette ouverture pour chercher ce qui n'était pas connu de l'homme dans l'homme était résultante de l' a priori de ce que l'homme était un fruit de la création divine: connaître la créature impliquait de dévoiler, de connaître le créateur, donc, en un déplacement. La distanciation surgit et l'homme devient connu au travers de vérités génériques moira, maktub, jusqu'à Dieu, Saintissime Trinité etc. Ici surgissent des indifférenciations entre ce qui est crée ou celui qui crée, la preuve du Créateur devient la créature et vice-versa, la superposition existe. On ne pourra connaître l'homme qu'au travers de transcendances qui structurent des dogmes. Le "Connais-toi toi même" socratique, à présent déjà dans l'Abrégé Théologique de Saint Thomas d' Aquin , c'est aimer, et aimer c'est avoir la foi, la connaissance est la transcendance, thèse développée par Kant qui est le fondement de l'inconscient pour Freud. En concluant, vérifions que malgré toutes les élaborations decoulant de l'auto réferénciation, distanciation et superpositions contextuelles, l'homme ne se connait pas comme homme en tant que lui-meme, puisque il ne se voit jamais autrement qu'au travers d'absolus, ainsi son essence relationnelle n'est pas appréhendée, puisqu'il cherche à se connaitre en se niant comme passible de connaissance, ce qui veut dire, qu'il se deplace toujours comme un point sans plan, à mesure que se fait une pontualisation centralisatrice de la connaissance de soi en soi-meme. Phénomenologique et objectivement parlant, la connaissance de l'homme, du monde, et des phénomenes existants par l'appréhension des relations qui les constituent et qui sont pour lui constituées

59 - Cette distorsion se produit aussi chez les matérialistes, qui ont a peine changer l'ordre hiérarchique: la matiere précède l'idée. La phénomenologie a resolu le problème, par l'appréhension de la totalité, gestalt, homme-monde, au travers du concept de conscience comme intentionalité [Husserl].

["Psychothérapie Gestaltiste - Conceptualisations" - Extrait - CHAPITRE IV]

Vera Felicidade, Août, 1996

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Traduit du portugais par Michele Benatar