1988

Relationnel - Trajectoire de l'Humain

Vera Felicidade de Almeida Campos, Edição da Autora, Salvador, 1988

Livro

Extrait

CHAPITRE I
Perception est relationnel


Dans l'être humain, rien n'est déterminant, rien n'est déterminé, tout est structuré ou seulement la structure est le déterminant. Percevoir la structure comme déterminante rejette une quelconque préexistence, cause, ou genèse à la structuration, car ce qui existe résulte de la rencontre des relations configuratives de l'être-dans-le monde, de l'être avec l'autre (1).

En posant ce type de problème, nous voulons affirmer une vision non dualiste, une vision unitaire qui est notre structurant théorique, pratique, relationnel. Nous ne croyons pas à la nature humaine, aux instincts, à l'inconscient, à la libido, à l'organon, aux talents, aux douleurs et aux blessures reçues ou apprises, stéréotypés par la culture, la famille, les éducations tyranniques/bienveillantes, les astres et les karmas. Tout ceci peut bien exister, mais pas comme le structurant de l humain. En termes phénoménologiques nous dirions que l'essence de l'humain est relationnelle, c'est à dire que son constituant structurel est la relation. Rien de plus unitaire. Il n'y a pas de place pour des dualismes, des réductionnismes, des élémentarismes, des causalismes. La relation comme constituant structurel est une unité. Qu'est ce que la relation, qu'est ce qui la constitue, et comment cette unité se rend elle évidente?

Chaque fois qu'on a philosophé, qu'on a théorisé, qu'on a pensé, qu'on a vécu, cette question était présente, revêtant des formes les plus variées, parfois d'autant plus fantaisiste qu'elle était méconnaissable. La théorie de la connaissance, tout au long des siècles est parvenue à quelques positionnements abréviateurs: la connaissance, l'idée, la pensée, l'âme ont crée le monde, ont crée l'homme, le sentiment, les émotions, la réalité, tout enfin. C'est la position idéaliste - Platon, Aristote, Descartes, Bergson, Nietzsche (la volonté), Freud (l'inconscient), Jung (l'archétype), Spinoza (les monades), Kant etc. C'est Dieu créant le monde, créant l'homme, l'esprit; c'est l'idée créant la matière. Le monde, l'homme, la réalité, c'est la matière créant la connaissance, créant l'idée, créant la pensée, le psychisme, le sentiment, la perception, la connaissance - c'est la position matérialiste: Héraclite (le mouvement), Marx et Husserl dans certaines phases.

De ces positionnements sommairement ébauchés, deux choses sont prégnantes. La première - Les limitations dans l'approche, les directions de la pensée vont de la droite vers la gauche et vice-versa, l'idée crée la matière ou la matière crée l'idée. L'essence n'a pas été atteinte, elle s'est combattue en haut d'un délimité. La deuxièm - Le coté de l'idée privilégiée, le meilleur statistiquement, était le consensuellement valide, a été le plus prégnant. Dans les développements ultérieurs sur les relationnels humains, la raison de cet auto - référenciation, de cette distorsion perceptive s'éclaircira.

Ravagés, pressés par les informations et les formations culturelles et académiques, nous pourrions prendre un chemin de traverse qui distordu serait un chemin et nous aurions créé une autre dichotomie: pensée traditionnelle versus pensée moderne. De là nous dirions que Lao Tse, Confucius, que l'Hindouisme, que les cosmogonies africaines, principalement la Yoruba - plus élaborée et plus consistante - restituaient à l'homme sa véritable essence, en voyant le monde tel qu'il est. Nous expliquerions encore, en comprenant l'histoire comme une trajectoire, la trace de l'humain, les lois économiques, enfin toute l'industrialisation et le retrait de l'homme de son écologie naturelle, que la séparation est responsable de sa déshumanisation.

Les explications sont toujours résiduelles, elles sont des positionnements, elles cassent la gestalt, à mesure qu'elles structurent d'autres explications. Devant le monde, devant l'autre et devant soi-même, il existe le relationnel, la vivance. La manière de le globaliser (différente de comprendre, d'expliquer) est de le vivre en l'intégrant, est de devenir la vivance. Du moins ne reste t'il ni l'espace ni le temps pour rien. La matière n'occupe pas le même lieu dans l'espace et quand nous nions cela commencent les superpositions qui nous placent dans d'autres contextes, en occasionnant des distorsions. Si nous désirions transmettre ces vivances à quelqu'un, nous devrions décrire, enregistrer. Ce livre est ceci: un registre, une description des vivances, des questionnements, des trajectoires de l'humain.

Comment parvenons-nous à cette description sans référentiels interprétatifs, valorisés: en parvenant à conceptualiser, à détecter les unités structurantes du relationnel humain.

Quand je pense dans la relation, le concept de point et sa distorsion sont intégrés en moi. Le concept géométrique du point dit: "Le point est l'intersection des deux segments des lignes", "la ligne est une succession de points".

 

linhas cruzadas

 

Je pense aussi dans la distorsion, dans la manière didactique d'interpréter le concept, pour trouver plus facilement; pour que l'autre comprennent mieux les professeurs disent parfois: "En joignant le point A au point B nous obtenons une ligne".

Quand nous pensons les lignes ainsi:

linha


le positionnement casse la relation, mais la relation est ce qui change et gère les positionnements (2). Si nous étions en train d'écrire un livre de philosophie, nous pourrions rester indéfiniment dans ce problème et de la nous aurions extrait toutes les choses; ce seraient des interprétations, des manières de voir, de structurer des modèles pour comprendre le monde. Tel n'est pas mon objectif, je ne veux ni comprendre, ni expliquer, je veux décrire la relation, le phénomène humain d'être dans un monde avec l'autre, avec moi-même. Surgit un autre concept intégré en moi-la perception est la connaissance, est le comportement, est le donné relationnel, est le structurant de l'homme. A ce moment ne sommes nous pas platoniques, idéalistes en plaçant la perception comme la cause, comme l'équivalent de l'idée, substitutive de l'inné, de l'inconscient? Nous allons voir ce qu'est la perception.

Pour le psychologue gestaltiste, la perception est la même chose que la vie pour un biologiste. Non qu,elle ne se définisse pas et qu'elle soit présente en tout, non qu'elle ne s'explicite et qu,ainsi elle se situe, c'est que la psychologie est l'étude de la perception, autant que la biologie est celle de la vie. Tant la psychologie que la biologie ont souffert de multiples distorsions provenant de l'inatisme, du déterminisme mécanisciste, et élémentariste. Dans le cas de la psychologie, nous voyons Freud parler de la perception comme d'une projection, et en biologie il n'a manqué personne pour défendre la théorie de l'homoncule (miniature du foetus humain qu'on supposait exister dans le spermatozoïde).

Percevoir c'est connaître par les sens. Cette définition classique de la psychologie de la Gestalt, a surgi comme l'antithèse à l'empirisme, à la théorie de la conscience comme une mosaïque mentale qui disait que la perception était une élaboration des donnés immédiats recueillis par les sens (tact, odorat, vision, audition et goût). Quand Koffka, Koehler et Wertheimer disaient que la perception est directe, immanente au relationnel avec la réalité, ils niaient la conceptualisation de la perception comme une fonction supérieure (thèse de l'école de Graz ), et enlevaient les préexistences de l'acte perceptif, car ils bénéficiaient déjà de la vision de Brentano et Husserl et ainsi ont été accusé d'être des holistes des émergentistes, car la perception était considérée comme une magie, un cliché. En 1912, les études psychologiques étaient récemment sorties de la psychophysiologie, de la psychophysique (Wundt, Weber, Fechner). La préoccupation psychologique consistait à déterminer les différences individuelles, au travers de la mesure des différences des seuils perceptifs. On pensait la science comme la quantification, l'exactitude, la mesure. La science était le savoir, l'autorité qui mettait de l'ordre dans le chaos du monde, de l'humain. Les gestaltistes trouvaient que le monde n'était pas un chaos, qu'il était un cosmos, que l'organisation était immanente, intrinsèque au phénomène. Ils croyaient qu'ils devaient décrire, qu'ils n'avaient pas besoin d'introduire des catégories (instinct, libido, Dieu, inconscient, mensurations) pour arranger le monde, arranger l'homme.

La conceptualisation du percevoir comme le connaître par les sens est parfaite en tant qu'antithèse de l'élémentarisme, cependant elle ne nous suffit pas comme explication du structurant relationnel; il y a une contexture sémantique qui doit être nettoyée, changée afin que nous ne tombions pas en dualisme.

Alors nous intégrons que percevoir c'est se mettre en relation et ceci reste très clair si à partir de la conceptualisation - percevoir c'est connaître par les sens - en neutralisant le dualisme entre connaître et sens nous voyons la manière, le moyen que l'homme a de s'accomplir comme différent de l'inanimé, des choses: c'est au travers de la perception. Il se met en relation, avec le monde, avec lui-même et avec l'autre, tel que ne le fait pas un cahier, une portion de terre, un inanimé. Ce qui met en mouvement, dynamise et constitue l'humain. C'est la perception du monde, de l'autre, de soi-même. Assez de penser l'être humain sans les cinq sens ou privé d'eux arbitrairement - le retrait de l'espace et du temps - laisse seulement des résidus au travers de la mémoire et de la pensée en faisant comme si l'être humain s'auto- maintenait à l'intérieur de certaines limites. La perception, le fait d'être en relation fait comme si l'homme se situait en un temps et en un espace.

Nous sommes humains, nous percevons, nous vivons dans un temps et dans un espace, nous sommes dans le monde, nous sommes réels, nous existons. Dans mon livre Psicoterapia Gestaltista- Conceituações, dans mes propres conceptualisations, il ya des approches sur ce qu'est l'être humain, fondamentales pour la compréhensions des questions ici traitées.

Etre dans un temps, être dans un espace est immanent, est le propre et le constituant de l'être humain. Nous ne disons pas que ces intersections - temps et espace - créent l'homme, ni qu'elles sont à leur origine. L'aventure, la stabilisation, la tragédie, la joie, la disgrâce, le nirvana, la comédie, le drame, la routine, la réalisation et la non réalisation de l'humain commencent ici - c'est le psychologique - la structuration de l'attitude humaine survivante ou existante, l'homme en tant qu'homme ou l'homme plus comme un objet qui occupe un lieu dans l'espace et dans le temps.

A la naissance, à la rencontre d'un temps et d'un espace, l'être humain commence à développer son humanité, commence à se mettre en relation, ceci est le percevoir.

Les gestaltistes, Koffka, Koehler, et Wertheimer ont réalisé une série d'études expérimentales sur la perception, en établissant des lois pour le phénomène perceptif. Max Wertheimer a présenté quelques principes importants du groupement, de l'organisation perceptive. Il a démontré de tels principes avec des dessins de points et de lignes. Nous énoncerons ces principes et nous ferons quelques transpositions pour les vivances, et pour les relationnels humains.

Le principe basique est que, toute perception se fait en termes de figure et de fond; nous percevons l'élément figurant, le fond n'est jamais perçu bien qu'il soit un structurant contextuel de la perception; il existe toujours une réversibilité entre figure et fond. Ce qui est figure se transforme en fond et vice-versa .Toutes les situations possèdent une structure qui possibilite, favorise cette réversibilité, d'autres qui la rendent difficile, en fonction de la prégnance du figuré. Exemple: sur la page d'un livre, la perception des lettres et du papier, du texte et du contexte. Autre exemple: en percevant la peinture indigène d'une tortue (figure), je vois l'écorce de l'arbre ou elle a été peinte (fond en relation a la perception de la tortue et maintenant, quand elle est perçue, figure). La tortue indigène est la figure qui se transforme en pensée, qui comme prolongement perceptif devient structurant de la perception - l'art des indiens, le massacre dont ils ont souffert, sa décimation. Le jour où j'ai compris cette peinture. Le souvenir du magasin, de la conversation que j'ai soutenue, les motivations et les vivances qui tonalisaient ce temps-là. Enfin, la perception de cette tortue ici et maintenant, avec moi, me renvoie à d'autres lieux, d'autres temps qui se transforment en maintenant.

La non conceptualisation de la perception, son unilatéralisation à être expliquée comme une projection, est une vision déterministe. Elle a mené Freud à utiliser l'association des idées comme une manière d'expliquer le perçu, l'humain. Il devient facile de comprendre la distorsionquand on ne dispose pas d'une globalisation, quand on se dichotomise, qu'on fragmente la réalité, en postulant qu'elle est un symbole traducteur et captateur de notre réalité interne, de notre inconscient. Ce mécanisme fut terrible, car au travers de lui s'est nié le monde, qui était considéré comme l'externe, et qu'on a commencé a chercher le souterrain, l'inconscient, en cassant ainsi la relation, la gestalt homme dans-le monde. Nous pensons dans cela en tant que figure et fond. L'homme figure et le monde fonde et vice-versa. Tant de perceptions, tant de relations, tant de connaissances apparaissent.

Groupement par proximité: "Dans des conditions égales, les stimuli en plus grande proximité, auront une plus grande possibilité d'être groupés". La proximité peut être spatiale, comme c'est le cas dans l'exemple qui suit, ou être temporelle.

 

leipercepção

 

Le groupement par proximité est responsable du montage d'une série de stéréotypes, de préconcepts, de clichés mentaux. Par exemple: les pages policières des journaux sont remplies de nouvelles concernant des attaques et des crimes, en règle commis par des noirs; apparaît le stéréotype du noir comme un marginal. On ne perçoit pas l'essence structurante de cette relation de marginalité qui réside dans le fait que l'abolition de l'esclavage a été signée sur le papier sans une professionnalisation conséquente des ex-esclaves, découlant de cela son intégration à la société productive comme main-d'uvre exploitée, opprimée.

Les juifs, après la guerre, ont du survivre fondamentalement au travers du commerce. A l'intérieur d'un magasin, où "l'homme de la prestation" - qui vendait des choses au porte à porte - était toujours un juif; on a établit le stéréotype du juif qui pense toujours à l'argent, qui était toujours en train de vendre.

Groupement par ressemblance: "Dans des conditions égales, les stimuli les plus ressemblants entre eux auront la plus grande possibilité d'être groupés".

 

leipercepção

 

Au travers du groupement par ressemblance, nous vérifions, aussi, qu'il est plus facile d'expliquer les stéréotypes, les préconcepts. Nous pourrions même dire que la psychologie sociale se serait développée, écrite à l'approche de ces lois. Le dit comportement de masse, le comportement populaire, toujours unilatéralisé par des motivations polarisantes, unidirectionnelles, explique bien cela: Les émotions, l'agressivité dans un stade de football, les diverses passions durant la coupe du monde, du défilé des écoles de samba, etc découlent de la perception de ce qu'il n'est pas mon égal, qu'il n'est pas moi, il n'a pas de valeur. L'autoritarisme, les discriminations, les parcellisations, peuvent ici aussi être introduites. "Ce qui est bon pour les Etats Unis est bon pour le Brésil ", est une attitude typique: en ressemblant au riche, en faisant ce qu'il fait, on est riche aussi, ou au minimum, on a son appui, sa reconnaissance.

Le groupement par reconnaissance lève aussi l'insight, la créativité type si A=B et si B=C, alors C=A. Le ressemblant est toujours l'autre; un autre, le double ne peut pas être l'égal. La non discrimination de cette possibilité rend possible des distorsions, des annulations. Dans le propre relationnel humain, nous percevons parfois l'autre - mon semblable - comme mon double, nous transformons le différent en égal, sans percevoir que cette égalité configure déjà une différence, une neutralisation, une ponctualisation relationnelle.

Les dictons populaires "n'achète pas un chat pour un lièvre"; "ne confond pas les ails avec les noix de Galles" commentent ces principes intrinsèques de l'organisation du phénomène perceptif.

Groupement par bonne forme: "Les stimuli qui forment une bonne figure auront une tendance à être groupés". Cette présentation est très générale et prétend contenir un certain nombre de variables plus spécifiques de ce topique, traditionnellement classifiées de la manière suivante:

BONNE CONTINUITE - "la tendance des éléments pour accompagner d'autres éléments, de façon à permettre la continuité d'une ligne, d'une courbe, d'un mouvement dans une direction déjà établie". Exemple:

 

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SYMETRIE - "la préférence par le groupement qui amène à tous les symétriques ou à tous les équilibres et non à tous les asymétriques". Exemple:

 

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FERMETURE ET CLOTURE - "le groupement des éléments de manière à constituer une figure totale plus fermée ou plus complète". Exemple:

 

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DESTIN COMMUN - "la préférence par le groupement des éléments qui se meuvent ou se transforment dans une direction commune et, ainsi, se distinguent de celles qui ont d'autres directions de mouvement ou de changement dans le champ. Nous considérons que toutes les perceptions qui résultent des déterminants d'en haut sont tels qu'ils satisfont au critère de bonne figure, bonne forme, celle qui est la plus continue, la plus symétrique, la plus fermée, la plus unifiée." Exemple:

 

leipercepcao

 

Dans l'auto-référenciation, le plus prégnant - la bonne forme - est déjà connue, ce qui peut satisfaire des nécessités, ou donner du plaisir. L'auto-référencé perçoit le monde et l'autre au travers d'une attitude hédoniste: il fuit la douleur et cherche le plaisir (nous voyons ici les raisons de l'idée freudienne du principe du plaisir comme explication basique du comportement humain). Le monde et l'autre sont évalués en termes de ce qui va me faire du bien et de ce qui peut me faire du mal. Cette recherche du bien-être, cet hédonisme amène l'être humain à survivre; la transcendance devient représentée par les frustrations, par les échecs et par les victoires. C'est ce que la psychologie élémentariste appelle de l'émotion. La distorsion est très grande, car ce qui serait une attitude devient un résidu, l'a-priori. Dans cette attitude de survivance, la bonne continuité - la tendance des éléments d'accompagner les autres, de manière à permettre la continuité d'une ligne, d'une courbe, d'un mouvement, dans une direction déjà établie - peut être comprise comme le meilleur chemin qui mène à la satisfaction des nécessités; c'est l'avidité, c'est la cupidité.

SYMETRIE - "la préférence par le groupement qui amène à tout symétrique ou à tout équilibre et non à tout asymétrique" - peut être traduite par l'égoïsme connu: "ce qui n'est pas avec moi, est contre moi"; ce qui ne m'avantage pas, ne me sert pas, ne m'est pas utile, doit être écarté, détruit. Les minorités déstabilisent les systèmes, nous sommes contre elles. En ayant besoin d'esclaves, dépendants, on ne peut les percevoir comme des individualités, il faut les encadrer dans des étiquettes, des catégories, des classes - il est le fils, elle est la femme il est l'employé, il est l'homosexuel - sont les neutralisés moraux et économiques du système social.

FERMETURE - "le groupement des unités, des situations, de manière à constituer une figure totale plus fermée, plus complète". Exemple :

 

leipercepcao

 

Nous percevons un triangle, bien qu'il n'existe trois angles. La fermeture ou la clôture est un principe d'organisation présent dans les processus créatifs, tant que dans les distorsions. L'art, la peinture et le cinéma, par excellence le remarquent beaucoup. Picasso a recréé tout l'espace pictural en plongeant dans les profondeurs de la fermeture, de la clôture (à ce sujet il est intéressant de lire le livre Arte e Percepção Visual de Rudolf Arnheim). L'insinuation, le subtil étant figure, l'implicite comme prégnant est un des horizons et des constituants relationnels de l'humain, c'est l'expression qui s'appréhende; Koffka dit: "avant que l'enfant ne se familiarise avec le sein maternel, il appréhende le visage, le sourire de sa mère". Les yeux dans les yeux pour savoir si les mots sont véridiques, est une clôture quotidienne que les humains font.

DESTIN COMMUN - la préférence pour le groupement des élément qui se meuvent ou se transforment en une direction commune et, ainsi se distinguent de ceux qui ont d'autres directions de mouvement ou de changement dans le champ. C'est le propre du dense, de l'emphatique, il ne permet pas les doutes. Nous pouvons exemplifier par les participations, les mouvements, les commentaires, la publicité, les inductions comportementales.

Le groupement par bonne forme, prégnance, c'est à dire cette figure qui est plus continue, plus symétrique, plus fermée, plus unifiée, plus prégnante à qui elle s'impose en se constituant en référentiel perceptif, possibilisatrice de relief, de contours, est responsable de l'explication de la perception, de la structuration et de l'appropriation du schéma corporel. Lacan, en utilisant et en distordant les contributions de Merleau- Ponty et d'Henri Wallon sur la perception de soi-même dans l'enfance tisse d'innombrables broderies linguistiques sur la formation de l'image spéculaire (du miroir) sans arriver à atteindre, à globaliser la question. Etant dans le monde avec l'autre, l'enfant le perçoit dés le début de son existence. Cette perception de bonne forme, la prégnance, le fait que l'autre est perçu et que dans ce référentiel est structurée la perception du propre corps. Quand l'enfant arrive au miroir, il se reconnaît, il confirme sa perception, il a un insight: "je suis égal à lui, à elle!". Par la continuité, la symétrie, le destin commun, la fermeture - sans le miroir - l'enfant a vu sa main, son pied, sa jambe et a complété, a fermé la perception de son corps par la symétrie rencontrée dans le semblable, dans l'autre. Les casses-têtes se résolvent quand il existe un modèle. Le comportement s'explique quand existent des conceptualisations globalisantes unitaires.

Percevoir, c'est se mettre en relation. En localisant ces principes et ces exemples de la perception, nous donnons des contextes pour les développements ultérieurs que nous ferons dans ce travail, ainsi, nous utiliserons des exemples sans de plus grands approfondissements, seulement pour contextualiser la question.

N'importe quel relationnel, n'importe quelle perception, l'homme devant le nouveau, l'enfant devant le monde, devant l'autre, est un contour (dans le sens de différenciation perceptive). Les désirs, les motivations, la présence-présente qui se maintiennent (bonne forme) en créant, de façon distordue, la proximité, la similitude, le destin commun, la clôture, la symétrie. Au minimum ce contour m'individualise et individualise l'autre, à mesure qu'il me montre ce qui n'est pas moi, soit le semblable, soit le diffèrent. Comme résultante de cette rencontre perceptive, de ce relationnel, les référentiels, les références sont structurés. C'est à partir de cela que la psychologie élémentariste parle du savoir inconscient, du conditionnement et de l'apprentissage. Ces contours ou discriminations perceptives créent un monde, une réalité. Ce processus se produit aussi chez les animaux. Ils apprennent à mesure qu'ils appréhendent, qu'ils se mettent en relation dans un temps et dans un espace.

Le relationnel - la perception - établit le contexte, nucléolise les configurations et les réalités qui pour leur part se constituent en positions, en référentiels, en accumulations qui sont des processus de la croissance, c'est la mémoire - dynamique passée - c'est l'histoire, ce sont les noeuds, les attachements, les peurs et les participations individuelles. Nous avons des limites (omissions-peurs), des choses à maintenir, nous avons des ouvertures (participations-déterminations ) c'est la disponibilité.

Au travers de vivances successives, de perceptions et de relationnels, nous structurons des nécessités; au travers de vivances successives d'ouvertures, de participation, de détermination, de disponibilité, nous structurons des possibilités. Ce point du processus relationnel (perceptif) configure le vécu du réel, de l'irréel. Le réel est ce que je perçois, l'irréel est ce que je ne perçois pas. La réalité est ce qui me situe. Quand les relationnels sont plus capturants, plus limitatifs, plus désindividualisants, massifiants, plus ma réalité se structure en termes d'absences, de vides qui pour leur part vont en structurant mes désirs: suppléer, remplir ces lacunes, ces discontinuités. Nous commençons à mettre un couvercle sur les incapacités, à calmer les nécessités, à industrialiser les possibilités. Nous arrivons à unilatéraliser les vivances et à établir des positions à partir desquelles nous percevons l'autre, le monde et soi-même. Nous restons emplis de règles, de normes et de critères utiles. Nous arrêtons d'être spontanés, nous perdons la curiosité, la motivation. Nous sommes déjà prêts, et nous devons maintenir ou changer ce que nous sommes, pour continuer à obtenir ce qui nous manque, ou nous devons maintenir ce qui nous complète (3).

La vivance spontanée est réelle, fruit d'une rencontre avec le monde, avec l'autre, avec moi-même: elle est la perception, elle est le relationnel, elle est l'être-dans-le monde-avec-les-autres, elle est la disponibilité qui se fait autant en ouverture qu'en limites. Nous n'allons pas tomber dans des dichotomies valorisantes et dire que le bon, le structurant, l'entier est le spontané; nous faisons une description d'un processus relationnel, du comment se structure la vivance du réel. Le spontané, l'être disponible et ouvert pour les choses rencontre des règles, des autorités, des cultures, des standards, qui limitent, montrent le chemin, ou bien le spontané, l'être disponible et ouvert pour les choses rencontre l'autre, le dialogue, le questionnement, la participation, reçoit dynamisation, spontanéité qui structure des directions.

Nous grandissons en donnant de la continuité à l'orientation où nous grandissons en donnant de la continuité aux conditions de nous orienter. Le réel est ce que je perçois. tant dans un cas que dans l'autre; cependant, le réel du structuré dans des limites, est une recherche de réalisation de ses standards, tandis que le réel du structuré dans la dynamisation, dans les ouvertures, est la rencontre de nouveaux relationnels, est la découverte constante d'être-dans-le monde, indépendant des finalités et des règles.

Percevoir c'est se mettre en relation, ceci est continu ou est cassé, d'où la limitation, d,où la difficulté. Il est évident pour le sens commun et pour la psychologie, la sociologie et l'économie déterministes d'expliquer la limitation par la nécessité: L'existence des autres, les luttes sociales, l'exploration économique, la peur d'être, la répression, la carence affective (concept psychanalytique), le destin. En termes relationnels, descriptifs, nous trouvons que la limite est l'obstacle, est l'accroissement, en un certain sens est ce que nous arrivons à et que nous voulons maintenir; en l'autre est ce qui nous empêche d'arriver, mais, même là, l'obstacle est l'accroissement; si il est une limite dans la relation à X, c'est pour être un appui dans la relation à Y (le point d'appui est le point de l'oppression; le patron qui exploite est le même que celui qui alimente; le mari qui cause de l'insatisfaction est celui qui donne de l'assurance; l'image qui doit être cassée, qui limite est celle qui soutient, c'est le piédestal, le dossier de l'autorité, du pouvoir).

Il reste plus facile de repenser les limitations comme un manque de spontanéité et de repenser la disponibilité comme la spontanéité ou comprendre que les limites structurent des attitudes d'avoir réussi, de vaincre, de réaliser, d'accomplir, de se responsabiliser, de s'enorgueillir, de maintenir, de défendre, d'aider, de lutter - la limite structure des positions, déshumanise. N'ayant pas de limite, ce qui est structuré c'est la disponibilité, la vivance du présent comme une contextualisation des attitudes qui peuvent même être de lutte, de réalisations, de victoire, d'échec, etc mais qui résultent toujours de vivances et non d'apriori ou de buts à atteindre. Limités nous devenons des haut-parleurs des systèmes: de la famille, de la culture, de la religion, de la science, ainsi que des vérités, et le pire, nous amassons des résultats, des adeptes, des obligations, apparaissent des chagrins, des peurs, les angoisses. L'autre comme limite est l'accroissement, est l'adhérence. Le monde - le réel - est l'illusion; est l'irréel car il est structuré dans notre limitation, dans notre emprisonnement - c'est l'auto-référenciation, la perception de l'autre et du monde à partir de moi (4). C'est comme si nous transformions, par autophagie, nos données relationnelles, notre perception, notre connaissance, nos relationnels, nos informations en une étoffe pour des buts à atteindre et des projets de vie. L'équivalent de cela s'est produit avec la psychologie limitée par des référentiels mecaniscistes dualistes et déterministes. On a commencé à collectionné des observations et des expérimentations sur le comportement humain afin de créer des catégories, des classifications des réactions humaines, en créant même des types humains: introverti, extraverti.

Comment être différent? N'accroissant pas, n'ajoutant pas, étant autonome, acceptant la réalité, en étant spontané à l'inverse du programme pour réaliser, pour acquérir. Ce que nous visons n'est pas une règle, ni un discours exhortatif, c'est une description de la difficulté, des limitations humaines. Nous sommes dans une société massifiéé, et toujours en arrivant au monde l'homme rencontre des limites, depuis les limites écologiques, les limites climatiques, jusqu, à celles de la relation avec l'autre. Que fait-on devant de telles limites? En ne les acceptant pas, en tentant de les couper, on les ajoute à son espace, à son temps, à ses vivances et on tente de les transcender, de les changer - enfin on se compromet, on s'emprisonne. Si on les accepte, on les neutralise; elles cessent d'être des obstacles, nous accroissons et l'homme se libère, s'humanise, accepte ses limites - sa mort, sa vie, ses relationnels. Comme exemple de cette visualisation nous passons par le relationnel avec l'autre, des qu'il est en termes psychologiques, la grande limite, autant que la grande transcendance, libération de l'humain. [page 16 a30]



NOTES:


[1]- Le type de question que nous posons peut être aussi vécue au travers de ce qui suit: le vent souffle sur les feuilles et elles se meuvent. Structure, circonstance, rencontre, relationnel. Le vent soufflant sur un pilier, il n'y a pas de mouvement de ce dernier. Malgré leur structure, si il n'ya pas de vent, les feuilles ne bougent pas. Cette rencontre structurelle, circonstancielle (accidentelle) est celle qui nécessite d'être globalisée, conceptualisée. Les explications déterministes, psychanalystes, ou du type être la faim qui épouse la soif sont très stigmatiques; le populaire est stigmatique, est unilatéral - seule la nécessité est prise en compte. Le relationnel humain est-il la recherche ou la rencontre? Etre disponible ou être à la merci de? Carence ou autodétermination? Dépersonnalisation ou individualité? Je demande ou je veux? Qu'est-ce que demander? Qu'est-ce que vouloir? A priori ou but? Qu'est-ce que l'immanence? Qu'est-ce que la transcendance au relationnel ? Qu'est-ce que le réel et qu'est-ce que l'illusion dans le relationnel humain? Qu'est-ce que la participation? Que suis-je avec l'autre avec le monde? Qu'est-ce que la névrose? Au fil de ce livre nous répondrons a ces questions.

[2] - Dans le chapitre sur la disponibilité (l'évaluation) nous verrons comment ce concept est fertile.

[3] - Dans le livre Mudanca e Psicoterapia Gestaltista - Zahar Editores, Rio de Janeiro, 1977, de l'auteur, est conceptualisé tout le processus de changement et de motivation de l'humain.

[4] - Dans les livres Psicoterapia Gestaltista - Conceituações, Edição da Autora, Rio de Janeiro, 1973 et Individualidade, Questionamento et Psicoterapia Gestaltista, Editora Alambra, Rio de Janeiro, 1983, le sujet est assez développé et configuré dans ses implications.

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Traduit du portugais par Michele Benatar