1993

Terre et Or sont Egaux
Perception en Psychotherapie Gestaltiste

Vera Felicidade de Almeida Campos, Jorge Zahar Editor, Rio de Janeiro, 1993

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Livro

Extrait

Chapitre II - La polarité résulte de l'unité

La polarité résulte de l'unité, le double est une expression du un; la division exprime l'unité. [1] Deux résulte de un, car la quantité, deux choses, deviennent deux un. Ceci explique la création des dichotomies: prendre les résultantes comme des unités qui s'opposent. Sujet et objet sont les pôles d'un axe.

 

sujeito/objeto

 

La pensée philosophique/psychologique traite les pôles, les positionnements, en cassant ou en méprisant l'axe, la relation configurative du sujet et de l'objet.

 

sujeitoponto

 

La philosophie, dans la recherche d'expliquer la connaissance, a imaginé un sujet qui connaissait et des objets qui étaient connus. Ceci posé et accepté, est apparu un grand débat sur qui initiait le processus. Etait-ce le sujet qui par l'idée créait le mode ou était-ce le monde qui était capté par le sujet? Ainsi sont apparus les diverses philosophies idéalistes et matérialistes.

Les résidus positionnants de cela sont les concepts de l'idée, de l'âme, de l'esprit, de la conscience, de la pensée, des sensations, de la matière, comme les explications désenchaînantes des processus cognitifs.

Tout au long de l'histoire, de tels positionnements furent perpétués dans divers domaines. Pour la psychologie, les concepts de conscience surabondaient (cogito ego sum - cogito cartésien) ainsi que le concept de la pensée comme réceptacle des sensations.

Il n'importait déjà plus de savoir si le sujet créait l'objet et le connaissait ou si l'objet s'imposait à la connaissance, au sujet. Il était nécessaire de savoir comment la pensée travaillait et comment les sensations s'organisaient. Enfin, comment la conscience apparaît.

Au milieu de ces débats, un nouvel écart - apparaît Freud, l'Avatar à rebours, apportant des lumières au monde souterrain. Il disait: la conscience n'importe pas, mais l'inconscient oui. Nous devons le comprendre, l'étudier. Pour la psychologie manquaient les standards philosophiques, les idées platoniques, les catégories logiques d'Aristoles, les monades de Leibniz, l'intellect comme la table rase de Locke. Au début du siècle, les béhavioristes trouvaient que tout cela était très subjectif, en rien scientifique. Que seulement pouvait s'étudier ce qui était passible soit d'objectivation, soit de mensuration. Les psychanalystes continuèrent dans la voie royale de l'inconscient.

Les gestaltistes, bénéficiaires d'une formation en physique, savaient qu'ils devaient étudier le processus de la perception. Ce moment fut un changement important dans la manière de traiter le comportement humain, bien qu'ils continuaient à appuyer l'idée de sujet et d'objet: sujet comme ce que je suis et objet comme ce que je ne suis pas. Par extension, subjectif, ce qui est en moi, ce qui est loin de moi.

Consécutivement la connaissance du sujet est devenue la connaissance du psyché, du psychique. Le signifié donné au sujet et à l'objet par la philosophie et corroboré par la psychologie est totalement anomal si nous prenons en considération le sens et le signifié qu'ils ont dans les langues, dans la syntaxe. Voyons un rapide exemple: psychologiquement parlant, jamais une table, une chaise, un cahier ne sont sujets; car ils ne pensent pas, ne sentent pas, ne parlent pas, n'ont pas de vie intérieure. Ils ne sont pas des êtres vivants. Cependant nous pouvons dire que dans la phrase "le cahier est sur la table", le sujet est le cahier, et que dans la phrase "la table supporte le cahier", le sujet est la table. Il est intéressant de faire ressortir l'aspect phénoménologique de l'expression linguistique comme une description du phénomène en exprimant des positions. Il est important aussi de ne pas oublier que Husserl, le fondateur de la phénoménologie, a lutté des années pour défaire ces positionnements, bien qu'il les perçoive d'une autre façon exprimée dans ses explications sur Noema et Noesis [2].

Il est très difficile pour le psychologue dualiste, catégoriel, typologique, de comprendre le comportement humain sans recourir aux idées d'intérieur et d'extérieur. Encore aujourd'hui Jung est considéré et tenu pour un grand penseur: il classifiait l'humain en caractères introvertis ou extravertis. Il trouvait tout comme Freud, que la perception est une projection des contenus internes du sujet. La propre perception, dans ces conceptualisations, est un objet. N'arrivant pas à une globalisation, les penseurs des sciences du 19 eme siècle et de la moitié du 20 eme siècle ont créer beaucoup d'obstacles, de chemins et de labyrinthes, enfin, n'ont pas perçu qu'être sujet ou être objet est une des possibilités humaines déterminées par la contextualisation relationnelle.

Psychologiquement, l'unité - essence humaine - configure les pôles du sujet et de l'objet, soit, être sujet ou être objet est une résultante de l'être humain.

Qu'est ce qui crée le sujet? Qu'est ce qui crée l'objet? Enfin qu'est ce qui permet la polarisation? Le relationnel avec l'autre, avec le monde et avec soi-même. C'est le frottement, polarisation dynamique, qui configure le sujet, qui configure l'objet.

C'est au travers de la perception que se structure le sujet et l'objet. En faisant cette affirmation, nous sommes en train de dire que l'être humain n'est ni le sujet ni l'objet, il est l'être humain qui aux dépens de la propre perception se configure en sujet ou en objet; la même chose arrive en relation à la perception de l'autre - l'autre en me configurant comme sujet ou comme objet. Il n'ya pas le monde du sujet (classiquement configuré comme subjectif par la philosophie et la psychologie) et celui de l'objet, de la mondanité. Il y a un être humain qui perçoit et ceci est la dynamique relationnelle de l'être dans le monde. Les conceptualisations et les dénominations de sujet et d'objet ont crée des stagnations, des divisions dans la manière de traiter l'homme. Cette linéarité causaliste est responsable des divisions arbitraires. C'est comme si nous imaginions un poisson nageant loin de l'eau, un homme taillé, emprisonné aux formes explicatives.

En psychothérapie, il est fondamental d'abolir les catégories arbitraires et didactiques de subjectif et d'objectif car elles camouflent l'essence humaine. Le maximum que nous pouvons admettre est le sujet en tant que synonyme de déclencheur de l'action et du mouvement, et l'objet comme cible de cette action, de ce mouvement. Mais en admettant ceci, nous sommes contaminés par les a priori philosophiques et psychologiques, nous pensons en un être humain agent. Une table n'est jamais sujet. Elle est toujours l'objet, ainsi est explicitée la contradiction typique de la pensée philosophique et psychologique.

Pour clarifier, cherchons l'étymologie du mot sujet et celle du mot objet.

Sujet, du latin subjectu, "posé dessous". Et objet du latin objectu, pour lancer devant,
"exposer". A partir de là, percevoir les connotations dont a souffert le mot jusque la pour signifier l'interne, le subjectif, ce qui est gardé caché, posé au dessous des apparences; l'objet se trouve comme le visible, le passible d'être connu. Le sujet en tant que subjectivité n'est pas passible d'être connu. C'était le drame de l'introspection de la psychologie, c'est le drame de la psychanalyse avec l'inconscient, c'est le désespoir béhavioriste qui a tenté de couper n'importe qu'elle catégorie subjective, trouvant que seulement existait ce qui se montrait et s'objectivait. C'est ce qui permet à la psychologie gestaltiste de dire que l'individu est auto-référencé (fermé en lui-même) se prenant comme standard et mesure de tout, ou dire qu'il est dans le monde avec l'autre.

Dans une perspective plus embrassante de visualisation de l'être humain, il devient nécessaire d'abolir de tels obstacles, de tels positionnements de sujet et d'objet, et penser en l'individu, en l'être humain, en l'unité. Nous voyons que ces polarités, sujet et objet, sont des configurations/positionnements de l'humain et qu'il serait unilatéralisant de percevoir l'humain au travers de ses contextes positionnants.

Nous tentons d'expliquer l'être humain en expliquant comment il perçoit et ce qui le structure dans cette perception, à fin de comprendre ce qu'est le sujet et ce qu'est l'objet. Le premier pas est de placer entre parenthèses le règne du sujet, le règne de l'objet, car cette démarcation, au delà de créer des abîmes pour l'être dans le monde, est une éternelle impasse dans nos relationnels affectifs, sociaux, thérapeutiques. La médiation pour la dualité sujet et objet peut seulement être faite au travers de la perception, de la globalisation de son processus. Tentons.

Je perçois ce qui est devant moi - c'est comme s'il se disait - moi sujet, sujet à capter, à décrire, à observer ce qui est lancé, exposé, l'objet. En ce sens, la première chose que je perçois est ce qui est à mon tournant: c'est mon corps, c'est l'autre. Perceptiblement détaché, séparé, et/ou intégré, j'additionne. Le développement de l'être humain est un processus démonstratif de la structuration des positionnements, c'est la classique formation de l'ego, c'est le classique processus de l'apprentissage. Le sujet et l'objet se structurent de façon similaire au modèle de la barre aimantée qui, par friction, crée indéfiniment des pôles positifs et des pôles négatifs, même quand ils sont coupés. Le grand problème est que toute la philosophie, toute la psychologie, enfin, toute la pensée scientifique a commencé à entendre et à étudier l'humain en partant de ces configurations positionnées du sujet et de l'objet qui ont escamoté l'essence humaine, en comblant l'approche psychologique de ces divisions jusqu'au classique corps et esprit. Un dualisme si prégnant que Rudolf Arnheim (partisan de la Gestalt) dit: "Si nous identifions l'être humain avec la pensée, le corps ne serait pas que l'instrument primordial de l'homme, mais aussi son propre voisin le plus proche dans le monde qui l'entoure. La ligne de division pourrait être tracée dans les deux directions". [3]

Maintenant voyons si ce qui est dedans est loin (principe isomorphique, Koehler) corps et pensée n'existent pas comme des réalités distinctes. Le corps et la pensée, c'est le cerveau, ce sont les neurones, les synapses, les engrammes etc. L'homme est un organisme dans le monde, une possibilité de relationnel. Au commencement de ce processus de la relation, de la perception, il structure des niveaux internes de sujet-cachés, non explicites, non exposé - et des niveaux externes d'objet - explicites ou exposés. En d'autres mots, il se perçoit entouré de situations, de choses et de personnes qui sont proches de lui, avec lui ou séparés de lui, avec lui ou contre lui: il perçoit des ressemblances et des différences.

Apparaissent les significats, les valences, les valeurs qui vont structurer, configurer les niveaux de sujet et d'objet.

Il est intéressant de se rappeler que dés les premiers mois de la vie, vers les 2-3 ans, l'enfant perçoit le père, la mère, la table, la télévision et la chaise comme des êtres animés. Tout a de la vie. Il est connu que l'enfant se trouve satisfait quand la mère frappe la table sur laquelle il s'est heurté. Le processus naturel, immanent, est celui de l'objet en tant que continuité du sujet; les objets sont animés, personnifiés. C'est la classique pensée anthropomorphique ou la pensée animiste attribuée aux sauvages. Quand nous grandissons, nous commençons à appréhender les valeurs, les fonctions et les signifiés des choses, en percevant au travers de catégories; c'est comme si le monde était une route remplie de signalisations.

Par la perception nous appréhendons ce qui est devant nous, en groupant par Ressemblance, Proximité, Continuité, Bonne forme, Meilleure Direction, Clôture (Fermeture). En tout processus perceptif il y a toujours des prégnances. Nous voyons cela dans la perception du corps, aussi bien qu'en distordant, en trouvant que nous avons un corps, aussi bien qu,en ne sentant pas notre corps, nous n'arrivons pas à percevoir que nous avons un corps et que le corps a un pied: nous percevons le pied comme étant notre corps ou lui appartenant (loi de la continuité). La perception de "l'appartenir à" est aussi prégnante dans la sphère sociale: nous savons quels sont les membres de notre famille, de notre communauté, quelle est notre patrie etc; les cassures de la continuité commencent quand se casse l'unité et ceci se fait au travers des valeurs. Le signifié attribué aux vivances crée des parties, des morceaux, structure les adaptations et les inadaptations, maintenant il ne se glisse pas, maintenant les mouvements ne se continuent pas, on lutte pour des positionnements. Se structurent ainsi le niveau de la survivance et le niveau de la contemplation.

A se figer, a se durcir, à se fracasser dans la lutte pour la survivance, une des tentatives pour continuer en survivant est de chercher la réparation au travers d'une psychothérapie. C'est un des remèdes indiqué par le système social [4]. Le survivant menacé, fracassé, en arrivant dans les diverses psychothérapies, est traité comme un être humain qui est en difficultés, demandant de l'aide, du soutien. Il espère être réorienté, absous, conscientisé, guidé, enfin, repolarisé dans ses désirs pour qu'il ait une nouvelle vision de lui-même. S'installant ainsi, en rendant définitif le positionnement d'être, car il est traité comme objet-l'exposé, le symptôme - qui doivent être thérapeutisés. C'est plus un être capable adapté et satisfait de lui-même qui apparaît, dans la meilleure des hypothèses. Etre capable, être adapté et satisfait présuppose une démarcation, une enceinte dans le vide ontologique. La nécessité de réalisation exile déjà la possibilité de l'existence, en transformant l'individu en un survivant bien arrivé.

Pour la psychothérapie gestaltiste, le problème, la névrose, le processus, enfin, la difficulté d'exister découlent d'une unilateralité remplie par les nécessités. Le psychothérapeute gestaltiste, après la globalisation de la non acceptation et du questionnement des problèmes unilatéralisants, cherche des réponses à la perception de l'exister, sans positionnements, sans valeurs, sans buts à atteindre, en tentant de faire que l'individu soit un être disponible indépendant des fonctions et des résultats.

Comment être disponible, indépendant des fonctions et des résultats? Ceci est le grand casse-tête de la psychothérapie et de l'être-dans-le monde avec les autres.

En utilisant une métaphore de Mahabharata [5], c'est comme si le fondamental dans la psychothérapie et dans la vie était de réussir à voir un mont d'or et un mont de terre comme égaux: deux monts [6]. Se dédier à l'essence et non aux valeurs. L'essence, dans le cas des monts, est ce qui occupe l'espace, les valeurs sont configurées dans la recherche de combien vaut l'occupant. La perception des essences substituée par les valeurs attributives amène l'homme à des perceptions distordues, arbitraires, en faisant qu'il se pend aux symboles, à l'importance et au signifié du perçu. De là la lutte par la survivance, la compétition, la recherche par la satisfaction des désirs, l'aliénation, la perte du dévouement, de la simplicité de l'existence, enfin, du niveau existentiel, contemplatif, substitué par de la survivance.

Quand nous parlons du simplicité d'exister, nous parlons de la récupération de l'humanité; le fait que l'homme perçoive qu'il est un corps, un organisme, une pensée, une perception, un être dans le monde indépendant de ce qu'il signifie, de ce qu'il a, de ce qu'il fait. C'est l'éblouissement pour l'exister à la place de la réalisation de l'existence. Il est vital que nous nous émerveillons d'exister, de penser, de percevoir, de dormir, d'aimer. Il est fondamental de contempler tout ce processus de l'exister à l'inverse de s'arrêter dans la chasse-collecte, lutte-fugue de la survivance. Dans notre société et dans notre culture, il n'y a pas comme changer l'état d'aliénation et de survivance massifiéé, mais chaque être humain qui se déprime, se questionne, souffre, se nie, et s'angoisse à la condition de changer quand il a perçu d'être vécu pour les buts à atteindre, en tentant de franchir des positions, s'affirme socialement. Il est intégrant de percevoir les possibilités d'être sujet et d'être objet sans s'épuiser en elles, en comprenant toujours son comportement comme une résultante: une explicitation de l'essence humaine.

Le positionnement de survivant en tant que je, sujet est l'omnipotence. Je suis capable de tout résoudre, je me questionne, j'accepte que je ne m'accepte pas. En comprenant les processus, je fais face aux circonstances. Je suis psychothérapeute: je sépare l'ivraie d'avec le bon grain. Je suis le gourou spirituel, je suis avec Dieu, je suis avec les maîtres, avec les Orichas, j'entends des êtres humains, je sais que la vie est éphémère.

Les leaders communautaires, les sauveurs de la patrie, les théoriciens éclairés, tous connaissent la solution et savent comment la réaliser, alors qu'il maintiennent le compromis "peu de farine, ma pâte de cassagne en premier", "la vie est ainsi", "nous devons maintenir des positions pour arriver à des changements".

Déjà les faiseurs d'argent, les producteurs sociaux, partaient du principe de ce que en obtenant un million de dollars, on résout tout: "nous devons obtenir". Les drogues et les outsiders, pour leur part, se refusent à maintenir l'ordre établi: "Je n'ai rien à voir avec cela, je veux plus c'est faire ce que je veux et que soit damné le reste".

Les timides, les inhibés ou les fragiles, qui veulent se tenir bien, en résolvant les problèmes qui imposent un relationnel harmonieux, veulent aussi, croient aussi. Tous positionnés dans des buts à atteindre et des a priori.

Que serait le je objet? C'est l'exposé, c'est le déplacement de l'auto-référenciation dans le troc, dans la crise, dans l'angoisse, dans la peur, dans la folie , dans l'embonpoint, dans les SPA, dans la lipoaspiration, dans la drogue, dans les chirurgies esthétiques rajeunissantes, dans la foi, dans la participation. C'est le moment de la trêve, de la pause dans le continu de la survivance. Comment transcender de tels positionnements? En se dédiant à la vie, en contemplant l'existence et en intégrant le sujet et l'objet, ce qui permet une nouvelle polarisation. Enfin, la disponibilité structurée au travers du dévouement et de la discipline est la sortie, car le dévouement et la discipline sont les limites temporelles de l'humain: c'est le vécu présentifié.

Il ne s'agit pas d'une croisade pour la discipline et le dévouement, ce qui ramènerait à une autre règle, à une autre valeur. Il s'agit d'un questionnement, c'est le faire pour faire essentiel et immanent l'être-dans-le monde. La survivance humaine se configure quand on se pose le par quoi, le combien vaut, quand se posent les résultats. La discipline et le dévouement permettent de voir le mont de terre comme égal au mont d'or et petit à petit, se perçoivent les variations de couleur, de poids, de texture, on va remarquer que sur l'une naissent des fleurs, sur l'autre non, qu'avec l'une on fabrique des pots plus facilement et plus rapidement, bien qu'ils soient moins durables; qu'avec l'autre les pots sont plus difficiles à faire mais qu'ils ddurent plus. C'est la découverte. C'est le changement. C'est la vie. En continuant dans notre métaphore, le mont d'or et le mont de terre, nous vérifions que la psychologie, la philosophie, n'ont pas traité le sujet et l'objet globalement et continûment, créant avec une telle séparation, le monde du sujet et le monde de l'objet. Il défendaient que le sujet était celui qui connaît, qui perçoit et qu'il était complexe; tandis que les objets étaient passibles de connaissance. Ils condamnaient l'humanité à se découvrir au travers du "connais-toi toi même", à des éternelles interrogations, à de l'accumulation d'objets et de valeurs - c'est la cupidité, c'est l'ambition. Seuls les gestaltistes, avec l,étude de la perception comme synonyme de comportement, ne tombèrent pas dans le piège de la valorisation. [7] La psychothérapie gestaltiste, avec les concepts de la névrose comme une distorsion perceptive - auto-référenciation - a rendu possible la perception de l'essence humaine indépendante de ses valeurs et de ses signifiés. Mais malgré ces contextes théoriques, seulement au travers de la perception des choses telles qu'elles sont, indépendantes de la valeur et du signifié, il est possible d'exister avec disponibilité, sans attachement aux situations de survivance. Seulement quand nous vivons le présent et que nous contemplons notre passé sans y être attaché et sans le fuir, c'est que nous marchons, nous glissons pour le monde: ce qui viendra sera une rencontre, non une recherche. "Sans espérance, sans peur" comme disait le peintre italien Caravaggio (1573-1610 ). Le jour, la nuit, hier, aujourd'hui, demain, toute une continuité. Plaisir/déplaisir, satisfaction/insatisfaction, travail/non travail, avoir de l'argent/ne pas en avoir, enfin nous cassons les limites emprisonnantes et nous percevons les horizons infinies de l'exister, d'être Homme. C'est quand nous percevons qu'il n'y a pas à se forcer, que ceci unilatéralise le vivre, que l'unique manière de transcender les limites dichotomisantes - positionnantes, interruptrices, séparatives - est de se dédier à exister. Fondamentale est la continuité du mouvement de l'être dans le monde obtenue par le dévouement. Déjà nous sommes pas dans la phase chasse-collecte positionnante.

Etant disponibles, réalisant notre essence humaine, nous cassons les positionnements de sujet et d'objet et nous glissons. C'est comme si, à intégrer l'objet, le sujet se polarisait, en devenant un générateur d'énergie, de dynamique,

 

percepcao

 

le centre du cercle qui par rotation de la base engendre le cylindre, ou le point qui, en dynamisant, se configure par sa trajectoire en spirale:

 

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Alors que quand il y a la recherche de résultats, l'attitude de maintien, l'évaluation des choses et des valeurs, nous durcis, nous rend stagnants.


Psychotérapie Gestaltiste
Comme Frottement Polarisant



- En psychothérapie gestaltiste, le premier changement dans le règne appelé du sujet et de l'objet est le début de l'unification des dichotomies, c'est amener l'autre a percevoir qu'il est la névrose: la névrose n'est pas un objet qui le trouble. Elle est lui. C'est dire: je n'ai pas une névrose, je suis ma névrose, ou encore les problèmes, les difficultés ne sont pas des obstacles sur mon chemin, elles sont l'expression de ma non acceptation. Pour d'autres visions psychothérapiques, ce processus équivaut à la conscientisation. Dans la réalité ce qui arrive c'est le changement de la perception.

- L'autre moment important de la psychothérapie est quand l'individu perçoit que si le problème de l'autre l'affecte, le problème est le sien. Cette intégration avec l'objet personnifie et intègre de façon consistante les déplacements de la survivance.

- Le désir de changement, de se sentir bien, est toujours contextué dans des critères de nécessité, dans l'évaluation de la survivance. Percevoir qu'on ne peut pas changer tant qu'on ne se dédie pas à ce qui fait obstacle est une autre forme de fusionner, de s'intégrer avec l'objet.

- Les plaintes, les lamentations, les chagrins et les frustrations traduisent toujours une impotence, un non avoir obtenu, un cheminer en regardant en arrière, une vivance de mémoire: c'est comme être un parasite de soi-même, des bons moments. C'est le repentir, c'est la révolte. Cette omnipotence exprime la non acceptation de la continuité d'exister (la dépression peut être focalisée au travers d'une telle attitude).

- Penser, espérer, demander l'appui thérapeutique c'est vouloir la connivence, l'aide pour les desseins, pour les buts à atteindre, c'est transformer la thérapie en un objet, en une planche de sauvetage. Quand il perçoit que le thérapeute est une antithèse, un demasquateur un dénonciateur pour aussi incroyable que cela paraisse, l'individu se sent compris, éclairci, entendu - obtient un fusionnement, une intégration entre sujet et objet, qui possibilisent un dévouement existentiel contemplatif ou un positionnement dédié à survivre, à maintenir le résultat obtenu, en augmentant les bases de l'entassement et de la garantie, car l'enlèvement du masque et la dénonciation conduisent au changement, à la cassure des positionnements ou à la tentative désespérée de maintenir ce qui a été obtenu.

- Percevoir que la grande "passion", "l'amour de la vie", n'est rien de plus que la planche de sauvetage, ce qui permet de rêver, est intégratif du sujet et de l'objet, car cela permet de percevoir l'immobilité, la peur, le manque de disponibilité pour la vie, pour l'autre.

- Percevoir l'autre, en tant que lui-même, comme un sujet, est intégratif - c'est comme si dans la cassure, dans le relationnel contextué en X apparaissaient de nouveaux pôles; l'autre sujet, l'autre objet. Cette situation est vécu dans le propre processus psychothérapique. Elle est rencontrée aussi dans les séparations affectives si nous n'avons pas des positionnements de type victime, parasite, oppresseur, opprimé, qui sont des variantes des dichotomies sujet-objet.

- La perception de ce que ce qui soutient opprime aussi est libératrice, intégrative.

En psychothérapie gestaltiste nous cherchons à faire que l'individu perçoive les axes, les lignes, la continuité, la réversibilité, la prégnance des situations en substitution aux points d'appui, aux nirvanas désirés, aux enfers craints, enfin aux positionnements stagnants et emprisonnants de l'humain. Ce changement est rapidement obtenu, bien que parfois la cassure des positionnements crée le vide, le non référentiel, car la non acceptation est déshumanisatrice. Quand nous acceptons le vide, nous commençons à vivre le présent. Le vide est vide exactement quand nous ne vivons pas le présent; nous vivons dans l'a-priori et dans le but à atteindre. La non vivance du présent structure le vide. En vivant le vide, apparaît une autre vivance qui est à lui présente et ceci est déjà quelque chose, il existe maintenant un temps, une vivance temporelle, une vivance du présente. Avec la temporalité on commence à être, à se structurer. C'est l'être dans le temps. Peu importe si il se met en relation avec A, B ou C, mais si la relation se fait avec son vide - ceci est le présent - il y a équilibre comme en quelque relationnel structurant.

La vivance du vide, étant aussi une vivance du présent, structure. "Structure" est quasi synonyme de "individualise". Si l'être est un être dans le temps et si la temporalité est exactement une des dimensions de l'individu, la vivance du vide est structurante. Le vide quand il est nié est comme si il était un espace - c'est la spatialisation du temps. Quand la personne est névrotique, elle spatialise le temps. La vivance de cette spatialité va en fragmentant, en comprimant, en structurant le vide, puisque la fragmentation a supposé des buts à atteindreet des a-priori. Vivre le vide c'est réaliser une antithèse. La spatialisation des choses est liée aux fonctions. En termes de fonctionnement, tout est situé, se perd la dynamique: le local du plaisir est un lieu; travailler, seulement sur le même bureau. Quand les choses commencent à exister, et que le vide commence à être perçu, il cesse d'y avoir le vide. Percevoir le vide c'est se réaliser existentiellement, c'est l'humanisation en tant qu'acceptation de la dynamique, du mouvement, car alors nous pouvons comprendre la fracture des référentiels aliénants de notre essence humaine.

Percevoir le vide établit une limite, c'est comme si nous naissions de nouveau, c'est le début du glissement ou de l'angoisse, de la non acceptation. Entrent en jeu les critères, les positionnements: ou s'ouvre la main des résultats et l'évaluation où jamais le mont de terre ne pourra être vu comme égale à celui d'or. Apparaissent alors des divisions en relation à la thérapie. Se recréent les niveaux de sujet et d'objet comme des définiteurs de l'être. Surgissent des impasses existentielles, surgissent des impasses thérapeutiques. C'est le processus d,être dans le monde. C'est l'adaptation à la non transformation qui va engendrer de nouveaux drames pires que les antérieurs, car maintenant l'individu est adapté à ne pas se transformer, à maintenir. C'est comme si le sujet et l'objet s'apparentaient à l'intégration. Quand on commence à transiter dans ce royaume les châteaux tombent, deviennent nécessaires de nombreux vassaux, esclaves, c'est le parasitisme officialisé. C'est la dépendance, matrice génératrice des survivants. La super-mère, le grand père, le patron légal, le grand ami, le thérapeute compréhensif et sollicité etc, sont structurés, se constituant en positionnements déshumanisateurs. [pages 23 a29]



NOTES:

[1] - C'est pour le fait de la division exprimer l'unité que de rendre possible la réalisation de la psychothérapie gestaltiste. Quand un être humain est divisé, fragmenté, il existe toujours la possibilité d'unification, une fois que dans sa division subsiste l'unité essence humaine.

[2] - Noesis est l'acte par lequel on pense. Noema est ce qui est pensé. "Husserl avait sa pensée orientée vers le problème de la corrélation du sujet et de l'objet dans l'acte de la connaissance, passant ainsi d'un certain réalisme eidétique à un idéalisme transcendantal. Plus radicale que le doute cartésien, la réduction phénoménologique consiste à mettre entre parenthèses l'attitude naturelle, naïve, de la cons cience affirmant spontanément l'existence du monde, et à isoler le donné naturel, contingent (le monde extérieur et le moi empirique) du moi pur, du sujet ou ego transcendantal. Modèle de toute évidence originaire et nécessaire, la conscience pure se découvre ainsi comme "intentionnalité", source de toute signification, puissance constituante de l'objet; son analyse eidétique permet d'en préciser les modalités (conscience percevante, imageante, etc). Insistant sur l'expérience fondamentale et originale que le sujet a d'autrui et faisant de l'intersubjectivité le fondement même de l'objectivité du monde, Husserl évita le solipsisme où risquait de conduire l'idéalisme transcendantal." (Petit Robert 2 - Dictionnaire Universel des Noms Propres, Paris, 1990)

[3] - Arnheim.R , Intuição e Intelecto na Arte, pag. 133

[4] - Les recherches "transcendantales" de l'explication des drames de la survivance sont aussi des chemins recommandés. C'est le "soigner de son énergie", "l'entendre à son choix karmique", "il s'éloigne de ses obsessions qui le rattrapent", "il nettoie ses chemins" etc

[5] - "Mahabharata - Grand récit épique indien d'environ 120 000 versets, divisé en 19 livres, oeuvre collective ancienne remontant à l'époque védique (vers~1000?) et continuée jusque vers le VIs. de notre ère. Il raconte d'une manière héroïque et lyrique les aventures de cinq frères en butte à l'inimitié du roi d'un clan rival et la guerre entre clans indo-européens qui s'ensuivit. Ce gigantesque poème est en fait une partie de la grande épopée de l'invasion et de l'établissement des tribus indo-européennes dans le bassin indo-gangetique, de leurs luttes intestines et de celles qu'elles durent soutenir contre les tribus dravidiennes qui occupaient alors le territoire. C'est en même temps une sorte d'encyclopédie des connaissances sacrées et profanes des indo-européens "indiens" à cette haute époque. Le grand poème philosophique Bhagavad-gita, faisant partie du 6º livre, fut probablement ajoute postérieurement aux autres épisodes. Le 19 livre, également une interpolation tardive, raconte les mythes afférents au dieu Krisna. Le Mahabharata connut une vogue immense et fut traduit et interprété dans tous les pays qui récurent l'influence indienne, fournissant a la littérature et aux beaux-arts de ces pays comme de l'Inde une source inépuisable de thèmes." (Petit Robert 2 - Dictionnaire Universel des Noms Propres, Paris, 1990)

[6] - "La renonciation et le travail désintéressé. Le vrai renoncement est le renoncement du désir et rien que cela. L'action est l'unique moyen d'atteindre le yoga de la renonciation, une fois que s'obtient, la sérénité vient d'elle même à la pensée. Les plaisirs qui apparaissent de l'attachement sont seulement le fond de la douleur postérieure, ils ont un début et une fin. Les choses qui ont un début et une fin, ne sont jamais le fond de l'éternelle joie et l'homme sage devrait savoir les éviter. Quand un homme arrive à la situation dans laquelle le froid et le chaud, le plaisir et la douleur, l'honneur et le déshonneur lui paraissent égaux, il est toujours serein. Un mont de terre, une pierre, un mont d'or lui paraissent égaux. Il ne peut voir la différence entre des amis et des ennemis, entre des gens indifférents et des gens partiaux, ni aussi entre des gens méchants et des gens justes. Cet homme est grand". (Mahabbarata, vol 2, cap 3, pag.668)

[7] - Quand les gestaltistes ont établi le concept de milieu géographique - milieu tel que la science le décrit - le milieu comportemental - le milieu tel que l'individu le perçoit - quand ils ont dit que les structures (gestalten) neurologiques sont égales aux structures psychologiques ou encore "que ce qui est dedans est dehors" - principe isomorphique - et quand au travers du Principe de Contemporanéité, Kurt Lewin disait que le présent modifie le passé, que ce qui arrive modifie ce qui est arrivé, ils ont abouti à une vision globale et unitaire des processus psychologiques humains sans a priori causalistes, déterministes et réductionnistes; ils ont atteint ainsi l'essence humaine, sans attributions valorisantes.

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Traduit du portugais par Michele Benatar